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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 22:05

Miracles et prodiges de la vie mystique : Pontmain

 

Un signe apparut dans le ciel : une femme couronnée d’étoiles (apocalypse, chapitre 12)

Eugène et Joseph Bardebette en 1871

Lors d’une promenade au marché aux puces de la porte de Montreuil (banlieue de Paris) dans les années soixante-dix, mon attention fut attirée par un petit livre d’une cinquantaine de pages. Sa couverture fanée portait le titre : “Récit de l’Apparition de Notre-Dame de Pont-Main”— 17 Janvier 1871 — Abbé Marcel Cellier, Chapelain de N-D. de Pont-Main.

Je l’achetai pour quelques francs sans supposer un instant que je m’intéresserais bien des années plus tard à cet événement hors du commun.

Cette unique apparition étant moins connue que celles de Lourdes, je crois bon d’en donner ici le récit simplifié. Elle est particulièrement intéressante pour la raison que les deux premiers récits en ont été écrits le lendemain de l’événement, les premières enquêtes étant effectuées deux jours seulement après. Ces enquêtes ont tenu compte des plus petits détails.

Située entre la Normandie et la Bretagne, la commune de Pontmain (orthographe actuelle) recense aujourd’hui 935 habitants. Elle en comptait moins de cent à l’époque des faits.

En janvier 1871, les troupes allemandes déferlent sur l’ouest du pays. Le 17 de ce mois riche en événements, à cinq heures et demi du soir, César Bardebette et ses deux fils, Eugène, 12 ans, et Joseph, 10 ans, battent des ajoncs à la lumière pâle d’une chandelle de résine. Dehors la neige recouvre en partie le sol et les toits. Il fait très froid.

A la faveur de la visite d’une voisine, le jeune Eugène s’avance vers la porte de la grange restée entrouverte. Il voit alors, au-dessus de la maison d’en face, une femme, d’une grande beauté, suspendue dans le ciel. Son visage et ses vêtements semblent illuminés. Elle porte une couronne dorée, sa robe est parsemée d’étoiles.

Cette robe est d’un bleu proche de l’indigo des boulettes qui servent à blanchir le linge (1). Cette couleur superbe est malaisée à reproduire en imprimerie. Dans le ciel de Pontmain elle est, de surcroît, à la fois foncée et brillante, ce qui la rend particulièrement difficile à décrire. On peut dire que cet indigo est un bleu idéal mais aussi que —dans ce cas particulier— il est en quelque sorte une “idée de bleu” (nous verrons plus loin pourquoi).

Une bonne partie des habitants du village est maintenant réunie devant la grange.

Lorsque le lendemain on demanda à Eugène pourquoi il avait eu envie de sortir dans le froid il répondit : “J’allais voir le temps (qu’il faisait)”. Cette réponse peut nous contenter mais nous pouvons aussi, à la manière du père René Laurentin, supposer que ce jeune garçon était allé jeter un coup d’œil dans le ciel dans l’espoir de revoir une aurore boréale comme celle à laquelle il avait assisté six jours plus tôt avec son père. On peut toutefois se demander si ce n’est pas une autre cause, celle-là moins rationnelle, qui a donné à Eugène l’envie de mettre le nez dehors. Pourquoi ne pas songer en effet à cette force inconnue qui, à Lourdes comme dans bien d’autres lieux, oblige des hommes, des femmes ou des enfants à sortir de leur lieu de vie sans trop savoir pourquoi et qui avouent pratiquement tous : “Il fallait que je sorte” ou “Il fallait que j’y aille”.

Les enfants décriront le visage de cette apparition aérienne plutôt petit, blanc, souriant, et à certains moments rieur, mais le patois ne fait pas de distinction entre rire et sourire. On a prêté tardivement à Eugène Bardebette cette phrase charmante : “Elle m’a ri et je lui ai ri !”. Ce sourire produisit en tout cas un effet hors du commun : “Lorsque la Vierge souriait, un bonheur immense que je ne pouvais comprendre m’emplissait la poitrine tout en me laissant pleine conscience de tout ce qui se passait !” (Eugène, 38 ans après l’événement). Ce sourire fut qualifié de “maternel”, “d’une infinie douceur”, mais aussi d’“ineffable”, ces deux dernières formulations étant jugées banales par le père Laurentin. Elles ne le sont peut-être pas car ces mots prennent probablement un sens particulier dans ce contexte peu ordinaire.

La beauté du visage de l’apparition reste elle aussi une énigme : “On n’a rien vu de pareil ni en personne, ni en image”. Lorsque, trois mois après l’apparition et à l’occasion d’une réunion à laquelle assistaient des religieuses mais aussi des femmes de notables, on demanda à Eugène Bardebette s’il pouvait remarquer dans l’assemblée une personne dont le visage pouvait être comparé à celui de la Vierge, il déclara simplement avec la franchise qui caractérise l’enfance : “Aucune, auprès de la sainte Vierge vous êtes toutes vilaines !”.

Quelque temps après le début de l’apparition —que seuls six enfants voient— le personnage céleste est bientôt entouré d’un ovale bleu clair comportant quatre bougies tenues par des tiges horizontales. Cette disposition n’est pas inconnue des enfants : l’abbé Guérin a fait peindre quelques années plus tôt dans l’église un ovale bleu étoilé derrière une statue de la Vierge. On allumait à l’occasion des bougies fixées sur des appliques de chaque côté de cette statue.

(1) cette couleur a été précisément définie à la suite d’un test que les enfants ont subi séparément.

Illustration de A.A. Alleaume,1871

L’apparition se met alors à grandir et avec elle l’ovale, en même temps qu’apparaît sous les pieds de la Vierge une banderole blanche longue d’une douzaine de mètres, formant un rectangle.

Un instant plus tard un trait doré se forme sur cette banderole.

— Vlà cor d’qué qui s’fait ! (voilà encore quelque chose qui se fait) s’écrient les enfants.

— ... V’là un bâton !

Le bâton se prolonge, puis descend en diagonale, remonte....

— C’est un M, un grand M comme dans les livres !

Quelques temps après : “ V’la un A ! ”

Les villageois ont entamé des chants religieux. Les lettres dorées continuent de s’inscrire lentement en capitales d’imprimerie. Elles finissent par former le mot MAIS qui reste un long moment seul sur la banderole. Puis d’autres mots se forment qui donnent à lire la phrase : MAIS PRIEZ MES ENFANTS

L’attroupement rassemble à ce moment la moitié du bourg, soit une quarantaine de personnes. Une rumeur d’étonnement mêlée d’incrédulité les parcourt tout à coup : les enfants viennent d’épeler une phrase dont l’orthographe irréprochable indique sans aucun doute possible qu’elle n’a pas été imaginée par eux !

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Published by Sur les Pas des Saintes - dans Notre Dame de Pontmain
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