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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 22:41

Marie-Françoise de Saumaise était alors supérieure ; c'était à elle que revenait le soin de diriger Marguerite-Marie dans les voies de la perfection religieuse. Ces deux âmes se comprirent et s'aimèrent d'une affection pro­fonde. Mais plus la Mère de Saumaise se sentait d'inclination pour Mar­guerite-Marie, plus elle avait à cœur de la rassasier du poids des humilia­tions et des souffrances. Elle la mit d'abord à l'infirmerie comme aide de la sœur Catherine Marest, fille forte et courageuse et d'humeur à exiger autant des autres qu'elle faisait elle-même. Elle était d'une constitution solide et endurcie à la fatigue. Marguerite-Marie eut beaucoup à souffrir sous la con­duite d'une semblable fille ; elle fit maladresse sur maladresse et en fut re­prise très-vertement ; elle fit des chutes à se briser, son ange gardien la pré­serva, mais elle en contracta un mal de tête qui lui infligeait souvent des tortures atroces. Après une année passée à l'infirmerie, Marguerite-Marie changea d'office et fut, toujours en rang subalterne, chargée de veiller sur les quelques pensionnaires que recevait le couvent. Les enfants, avec l'heu­reux instinct de leur âge, ne tardèrent pas à découvrir le trésor qu'elles possédaient et s'attachèrent à leur maîtresse. Bientôt ces jeunes filles aux­quelles elle parlait de Dieu, chaque fois que l'occasion s'en présentait, d'une façon charmante et profitable, vénérèrent leur maîtresse comme une Sainte et gardèrent comme des reliques ce qu'elles recevaient d'elle.

 

Marguerite-Marie occupa successivement divers autres emplois dont elle s'acquitta toujours avec la plus grande exactitude, cherchant sans cesse dans chacune l'occasion de souffrir et de s'humilier. Tout le temps que la Bienheureuse ne consacrait pas à l'oraison était employé au travail des mains. Les fatigues de la communauté étaient son partage, elle avait tou­jours le talent de choisir ce qu'il y avait de plus pénible. «Un jour», dit le Père Daniel, un de ses biographes, «un jour qu'elle puisait de l'eau, à l'aide d'une manivelle, le sceau qu'elle venait d'atteindre lui échappa des mains et le bras de fer de la manivelle, dans sa rotation précipitée, l'atteignit en plein visage. Elle tomba à la renverse, ayant les dents fracassées et un mor­ceau de la gencive sortit de la bouche avec le sang. Aussi calme qu'avant sa chute, elle se releva et présentant ses ciseaux à des pensionnaires qui passaient par là, elle les pria de couper ce lambeau de chair. Mais ces pauvres enfants s'enfuirent épouvantées. Que fait la Bienheureuse ? Elle prend elle-même ses ciseaux, et d'une main ferme, elle taille en plein dans le vif sans plus de façon que s’il se fût agi de détacher un morceau de son voile.

 

Elle fut pendant toute sa vie tourmentée d'une soif insupportable : ce fut pour elle une raison d'éloigner de ses lèvres tout breuvage rafraîchis­sant. Elle resta une fois cinquante jours de suite sans boire, et souvent elle s'imposait le même sacrifice. Notre-Seigneur se montrait souvent à elle et l'encourageait, mais il ne manquait jamais de lui témoigner son déplaisir pour peu qu'elle s'écartât de l'esprit de l'obéissance.

 

L'année qui suivit sa profession, elle reçut du Sauveur de nouveaux gages d'amour; il lui fit part de sa vie crucifiée. Un jour qu'elle allait à la communion, Notre-Seigneur lui    posa une couronne sur la tête, en disant : «Ma fille, reçois cette couronne en signe de celle qui te sera donnée par conformité avec moi». En effet, bientôt ses douleurs de tête redoublèrent, il lui semblait qu'elle était transpercée de pointes acérées, et elle éprou­vait des élancements qui redoublaient quand elle essayait de s'appuyer. Elle souffrait le jour et la nuit, et se réjouissait de ses souffrances dont elle ne savait comment remercier son Sauveur. En même temps, les répugnances de la nature pour une foule de choses allaient, en elle, toujours croissant. Bien souvent Notre-Seigneur lui présentait sa croix. «Porter ma croix en ton cœur», lui disait-il, «c'est être crucifiée en toutes choses ; la porter entre tes bras, c'est embrasser amoureusement toutes les croix qui se pré­sentent comme le plus précieux gage de mon amour que je puisse te don­ner en cette vie». Notre-Seigneur relevait peu à peu à la plus sublime abnégation, jusqu'à ce qu'enfin il l'invita à renoncer librement à toutes les consolations de l'exil pour embrasser sans réserve la vie crucifiée. Elle ac­cepta et se trouva tellement changée, eu égard à ses dispositions anté­rieures, qu'elle ne se reconnaissait plus.

 

Peu de temps après, Notre-Seigneur l'initiait aux mystères de sa dou­loureuse agonie et à la passion de son divin cœur. Dès lors, la sainteté de Dieu rapprochée de sa propre misère et de celle des âmes pécheresses, lui devint un continuel et amer supplice. Elle entra dans ce redoutable purga­toire de l'âme où l'on sent la vérité de ces paroles de l'Apôtre : «Notre Dieu est un feu qui consume». Tantôt elle endurait ce tourment pour les âmes du purgatoire, et tantôt pour les pécheurs. Elle avait aussi sa part des souffrances divines. Son Maître voulait qu'elle n'eût plus de volonté et qu'elle le laissât vouloir pour elle en tout et partout.

 

Ce fut vers la même époque qu'elle reçut le premier enseignement de l'Heure sainte. Chaque semaine, dans la nuit du jeudi au vendredi, elle de­vait se lever pour réciter cinq Pater et cinq Ave Maria, prosternée contre terre, avec cinq actes d'adoration que Notre-Seigneur lui avait appris, pour lui rendre hommage dans l'extrême angoisse qu'il souffrit dans la nuit de sa Passion. Cette pieuse pratique fut longtemps combattue par les supé­rieurs de Marguerite-Marie ; mais le Sauveur l'a fait triompher, et aujour­d'hui elle fleurit dans l'Eglise entière. Elle a donné naissance à une archiconfrérie, dont le siège est à Paray-le-Monial, et que le pape Grégoire XVI a dotée de précieuses indulgences.

 

Marguerite-Marie souffrait étrangement de toutes les communications du Sauveur, auxquelles il lui était ordonné de se soustraire. Jusqu'ici elle n'avait été que le jouet de l'amour divin, elle allait en devenir l'instrument docile. Il lui coûtera douze années de luttes pour établir dans son propre monastère la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus. Dans ces luttes elle montra des vertus héroïques, et un immense amour.

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Published by Sur les Pas des Saintes - dans Sainte Marguerite Marie Alacoque
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