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17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 22:46

Odile resta donc à Baume, où elle continua à se montrer toujours pieuse, toujours appliquée à l'étude et au travail. Les exemples de vertu dont elle était entourée n'étaient point perdus pour elle, et malgré sa jeunesse, l'ardeur de son zèle, la ferveur de sa dévotion et la maturité de son esprit l'élevaient au rang des religieuses les plus distinguées du monastère. Quoiqu'elle n'eût pas fait profession, elle observait scrupuleusement toutes les prescriptions de la règle, et remplissait, comme les autres, tous les emplois qui lui étaient assignés.

 

Pendant ce temps, la maison de son père avait été comblée des bénédictions du ciel. Dieu avait donné à Adalric quatre fils et une seconde fille, qui fut nommée ltoswinde. L'aîné des jeunes princes s'appelait Etichon ou Etton, le second Adelbert, le troisième Hugues, et le dernier Bataehon. Ils furent l'ornement de leur maison, la gloire de l'Alsace, et la souche des illustres familles qui régnèrent sur l'Autriche, la Lorraine , le pays de Bade et d'autres contrées. Parmi tous ces nobles enfants, Hugues semblait se distinguer des autres par ses qualités éminentes. C'était un prince bien fait, plein d'esprit, de coeur et de générosité, et surtout de cette confiance qu'une première jeunesse soutenue d'un mérite naissant, inspire ordinairement aux personnes qui se connaissent et qui sentent ce qu'elles sont. Odile entendit vanter son mérite, et l'aima, sans l'avoir jamais vu, d'une vive affection. Elle lui écrivit des lettres pleines de tendresse, qu'elle confia à un pèlerin. Le jeune Hugues, touché de cette marque d'attachement, répondit à sa soeur dans les termes de l'amitié la plus sincère. Odile, charmée des sentiments de son frère, résolut de l'employer comme intercesseur auprès d'Adaric. Elle le pria donc de fléchir l’esprit de son père, et de ménager auprès de lui son retour au château de Hohenbourg. Sa commission était délicate. Mais Hugues, dont le coeur était bon, crut facilement que le duc serait sensible à la démarche de sa fille. Un jour, il fit en sa présence l'éloge des qualités de I'esprit et du corps qu'on admirait dans Odile, et. finit par conjurer Adalric de la rappeler dans sa maison, dont elle devait faire le. plus bel ornement.

 

Le duc répondit laconiquement qu'il avait des motifs de la laisser encore à Baume, et son fils n'osa pas insister. Mais, persuadé que la présence,,de sa soeur suffirait pour dissiper tous les obstacles, il fit préparer secrètement un char et des chevaux qu'il lui envoya, en lui écrivant qu'elle pouvait revenir à Holienbourg. Odile, persuadée que son père consentait à son retour, fit aussitôt ses adieux à l'abbesse et aux religieuses de Baume, en leur promettant de revenir bientôt pour se consacrer avec elles au service. de Dieu. Elle partit, un peu inquiète et flottant entre la crainte et l'espérance. Mais la prière la soutint dans la route, et, après avoir traversé deux provinces, elle arriva heureusement au pied de la montagne où Adalric avait relevé les ruines du château de Hohenbourg.

 

Dans ce moment même le duc se promenait dans la campagne, en conversant familièrement avec son fils. Tout à coup il aperçut une troupe qui s'avançait vers la montagne, et demanda ce que c'était. Hugues, informé du retour de sa soeur, répondit que c'était Odile qui revenait à la maison paternelle. «  Qui a été assez audacieux , s'écria Adalric, pour la rappeler sans ma permission? n Le jeune Hugues, reconnaissant alors qu'il avait trop compté sur la tendresse de son père, répondit en tremblant : « C'est moi qui lui ai mandé de revenir. Pardonnez à ma témérité et à l'affection que j'ai ressenti pour une soeur. Si j'ai mérité,votre colère, punissez-moi seul, car Odile n'est point coupable ». Le duc, emporté par un premier mouvement de colère, frappa rudement le jeune homme. Mais son courroux s'apaisa, et quand Odile, arrivée au sommet de la montagne, Vint se jeter à ses pieds et lui baiser les mains, la nature reprit sou empire, et le duc, l'ayant embrassée, la présenta à ses frères qui l'accueillirent avec joie. Bientôt la duchesse Berswinde, avertie du retour de sa fille, accourut à sa rencontre, et baisa avec respect ses yeux, que Dieu avait si miraculeusement ouverts à la lumière du jour.

 

Odile, rentrée au château de Hohenbourg, se rendit au pied des autels pour remercier Dieu de l'avoir ramenée dans sa famille. Sa vie à la cour de son père fut toujours un modèle d'édification. Sa piété et sa douceur charmaient tous ceux qui l'entouraient, et ses parents, touchés de son obeissance, sentaient de jour en jour s’accroître leur affection pour' elle. Son père seul semblait lui porter moins d'affection qu'à ses autres enfants. Il ne voulait point l'admettre' à sa table et lui faisait servir ses repas dans une partie écartée du château. Un jour cependant il la rencontra dans la cour et lui dit, d'un ton plus affectueux que de coutume : » Où vas-tu, ma fille? » - « Seigneur , répondit Odile,  je porte un peu de nourriture à de pauvres malades ». La douceur de ses paroles et son air modeste, émurent vivement le duc. Il se repentit de sa froideur envers un enfant si aimable et lui dit r « Ne t'afflige point, ma fille; si tu as vécu pauvrement jusqu'ici, il n'en sera plus ainsi à l'avenir . Dès lors il lui témoigna dans toutes les. circonstances une bienveillance extrême. Odile, loin de s'en prévaloir, ne s'en montra que plus douce et plus dévouée aux bonnes oeuvres. Ses exemples eurent la plus salutaire influence sur sa famille, et sa soeur Roswinde résolut de marcher sur ses pas en renonçant comme elle aux vanités du monde, pour soulager les pauvres et porter la croix de Jésus-Christ.

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Published by Sur les Pas des Saintes - dans Sainte Odile
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