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17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 22:42

 

Au milieu du 7ième siècle vivait, en Alsace, un seigneur puissant nommé Adalric. Il descendait, par son père Leudèse, du célèbre Archambaud ou Erchinoald, maire du palais sous Clovis 2, et sa mère Hultrude était, dit-on, la fille de Sigismond, roi de Burgondie. Adalric habitait ordinairement la ville d'Oberehnheim, située au pied de la montagne de Hohenbourg, en Alsace. C'est là qu'il rendait la justice à ses vassaux; les historiens du temps nous le représentent comme un homme droit, sincère, libéral, ferme dans ses résolutions et véritablement Chrétien... Adalric avait épousé Bérhésinde ou Berswinde, nièce de saint Léger, évêque d'Autun. Outre l'éclat de la naissance, on admirait en elle une piété sincère, qui ne se démentit jamais. Cette alliance augmenta encore le crédit d'Adalric, et le roi lui donna l'investiture du duché d'Allemagne ou d'Alsace, à la mort du duc Boniface.

 

Tout semblait concourir au bonheur d'Adalric et de son épouse. Berswinde, humble au milieu des grandeurs, ne profitait de ses richesses que pour les répandre dans le sein des pauvres. Chaque jour elle se retirait dans la partie la plus isolée de son palais, pour consacrer ses loisirs à la lecture des livres saints et aux exercices de la piété. Adalric aimait aussi à se dérober au tumulte des affaires pour se recueillir dans la méditation des vérités Chrétiennes. Il désirait vivement posséder une résidence éloignée des bruits du monde, afin de s'y retirer de temps en temps avec son épouse. Il ordonna donc à quelques-uns de ses officiers de parcourir les solitudes voisines, et de choisir celle qui serait le plus propre à l'exécution de son dessein. Quelque temps après, les fidèles serviteurs du duc vinrent lui annoncer qu'ils avaient découvert, au sommet de la montagne même de Hohenbourg, les vastes ruines d'anciens édifices, et que ce lieu était très-convenable pour y construire, selon son désir, une maison et une église.

 

Adalric se rendit lui-même au lieu indiqué. Il fut charmé du site de Hohenbourg, et y fit aussitôt bâtir 2 chapelles. L'une fut dédiée aux saints apôtres Pierre et Paul, patrons d'Oberehnheim, et l'autre fut consacrée par saint Léger, évêque d'Autun, sous l'invocation des saints protecteurs de l'Alsace.

 

Le duc fit aussi relever les murs de l'ancien château et construire une maison de retraite, où il pût résider avec Berswinde pendant la saison d'été, et goûter, loin du monde, les charmes de la solitude.

 

Une seule chose manquait au bonheur d'Adalric. Il n'avait point d'enfant, et cette disgrâce l'affligeait vivement; car tous les avantages dont il jouissait lui semblaient peu de chose, s'il ne pouvait les transmettre à un héritier de son nom et de sa fortune. A cette occasion, Berswinde priait ardemment, et ses voeux ardents, ses jeûnes, ses aumônes, attirèrent enfin sur eux les bénédictions du Ciel. Berswinde cessa d'être stérile, et les sujets du duc, s'associant à son bonheur, attendaient avec anxiété la naissance de l'héritier d'Adalric.

 

Ce jour si désiré arriva enfin. Mais il arriva trop tôt pour le repos d'Adalric, dit un historien; il s'était flatté d'avoir un fils, et Dieu lui donna une fille, et une fille aveugle (657). Alors la joie du duc se changea en une colère profonde, et son espérance en désespoir; l'amour paternel qu'il avait conçu pour cet enfant à venir, dégénéra en une fureur qui serait difficile à comprendre dans un homme présenté comme si vertueux, si sa vertu n'eût eu quelque chose de bizarre et d'irrégulier.

 

Adalric exhala sa douleur en plaintes amères, regardant la naissance de cette enfant comme une malédiction de Dieu sur sa famille. Mais Berswinde, quelque affligée qu'elle fût du malheur de sa fille, l'était encore plus des discours d'Adalric. Elle s'efforça de le calmer en lui rappelant que Dieu les avait comblés de biens jusqu'à ce jour, et qu'il fallait encore le bénir de leur avoir donné cette enfant, qui servirait peut-être à manifester Ses oeuvres et Sa puissance.

 

Ces douces paroles ne réussirent point à apaiser la colère d'Adalric. Il répétait que si la naissance de sa fille venait à être connue, l'honneur de sa race en serait obscurci. Tant est faible la vertu de l'homme! L'illusion de la disgrâce imprévue la déconcerte et l'abat dans ceux mêmes où elle paraissait le mieux affermie. Enfin, Berswinde comprit qu'elle n'avait rien à attendre de son époux pour son enfant, sinon la mort. Elle décida qu'on transporterait secrètement sa fille dans un lieu inconnu, où elle serait élevée loin des yeux de ses parents.

 

Berswinde se souvint alors d'une femme qui avait été autrefois attachée à son service, et qui demeurait alors à Scherwiller, à 2 lieues de Schélestadt. Elle crut pouvoir compter sur la fidélité de cette étrangère, qu'elle avait comblée de ses bienfaits, et l'ayant fait venir auprès d'elle, elle remit sa fille entre ses mains. "Veillez sur cette enfant", lui dit-elle, "élevez-la secrètement comme si elle était votre fille, et que le Seigneur Jésus et la Vierge Marie la protégent, ainsi que vous, tous les jours!" La nourrice emporta l'enfant dans sa demeure, et prit soin de cacher sa naissance aux habitants du pays.

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Published by Sur les Pas des Saintes - dans Sainte Odile
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