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17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 22:09

ODILE est la cinquième des Vierges sages qui nous conduiront, à la lueur de leurs lampes, au berceau de l'Agneau, leur Epoux. Elle n'a pas donné son sang pour lui, comme Bibiane, Barbe, Eulalie et Lucie ; elle ne lui a offert que ses larmes et son amour ; mais la blancheur de sa couronne de lis se marie agréablement à la pourpre des roses qui ceignent le front de ses compagnes. Son nom est grand dans la France orientale : au delà du Rhin, sa mémoire est demeurée chère au peuple fidèle ; et mille ans écoulés sur son glorieux tombeau n'ont point attiédi la tendre vénération dont il est l'objet, ni diminué le nombre des pieux pèlerins qui, chaque année, se pressent sur les sommets de la sainte montagne où il repose. Le sang illustre de cette vierge est celui même de la race des Capétiens, celui de la famille impériale des Habsbourg; tant de rois et d'empereurs sont les descendants du vaillant duc d'Alsace Adalric, ou Eutichon, père de la douce Odile.

Elle vint en ce monde privée de la lumière des yeux. Le père repoussa loin de lui cette enfant que la nature sembla n'avoir disgraciée que pour faire éclater plus merveilleusement en elle le pouvoir de la grâce divine. Un cloître reçut la petite exilée que l'on avait arrachée des bras de sa mère ; mais Dieu, qui voulait signaler en elle la vertu du divin sacrement de la régénération, permit que le baptême lui fût différé jusqu'à l'âge de treize ans. Le moment enfin arriva où Odile allait recevoir le sceau des enfants de Dieu. Mais, ô merveille! la jeune fille obtint tout à coup la vue du corps, au sortir de la fontaine baptismale ; et ce don n'était qu'une faible image de la lumière que la foi avait à ce moment allumée dans son âme. Ce prodige rendit Odile à son père et au monde; elle dut alors soutenir mille combats pour protéger sa virginité qu'elle avait vouée à l'Epoux céleste. Les grâces de sa personne et la puissance de son père attirèrent autour d'elle les plus illustres prétendants. Elle triompha ; et l'on vit Adalric lui-même élever, sur les rochers de Hohenbourg, le monastère où Odile devait servir le Seigneur, présider un nombreux essaim de vierges sacrées, et soulager toutes les misères humaines.

Après une longue vie consacrée tout entière à la prière, à la pénitence et aux œuvres de miséricorde, la vierge arriva au moment de cueillir la palme. C'était aujourd'hui même, treize Décembre, en la fête de la vierge Lucie. Les soeurs de Hohenbourg se pressaient autour de leur sainte Abbesse, avides de recueillir ses dernières paroles. Une extase l'avait enlevée au sentiment des choses d'ici-bas. Craignant qu'elle n'allât à son Epoux céleste avant d'avoir reçu le divin Viatique qui doit nous introduire dans la possession de Celui qui est notre dernière fin, les filles crurent devoir enlever leur mère à ce sommeil mystique qui semblait la rendre insensible aux devoirs du moment. Odile revint à elle, et leur dit avec tendresse : « Chères mères et chères sœurs, pourquoi m'avez-vous troublée ?  pourquoi imposer  de nouveau à mon âme le poids du corps qu'elle avait quitté ? Par la faveur divine, j'étais en la compagnie de la vierge Lucie, et les délices dont je jouissais étaient si grandes que ni la langue ne les saurait raconter, ni l'oreille les entendre, ni l'œil humain les contempler. » On se hâta de donner à la compagne de Lucie le pain dévie et le breuvage sacré. Aussitôt qu'elle les eut reçus, elle s'envola vers sa céleste sœur ; et le treize Décembre réunit pour jamais la mémoire de l'Abbesse de Hohenbourg à celle de la Martyre de Syracuse.

 

L'Eglise de Strasbourg, dont Odile est une des premières gloires, lui consacre le récit suivant dans le Propre diocésain. En insérant ici cette Légende, nous faisons nos réserves sur ce qu'elle contient au sujet de la Règle qui fut suivie dans le monastère de Hohenbourg. Mabillon, qui revendique sainte Odile pour la Règle de saint Benoît,observe avec raison qu'il n'existait pas alors de Règle qui fût désignée sous le nom de Règle canoniale.

 

Odile, l'honneur et la protection de sa patrie, fut le premier enfant d'Adalric, duc dAlsace, et de Bérésinde son épouse. Comme elle était venue au monde privée de la vue, son père la repoussa ; mais sa mère, dans un sentiment plus tendre, la confia secrètement à une nourrice. Elle fut ensuite élevée dans le monastère de Baume, non loin de Besançon. On lui enseigna dans cet asile les saintes lettres, et elle croissait en âge et en sagesse. Déjà elle était arrivée à l'âge adulte, quand elle fut baptisée par le bienheureux évêque Erhard ; et, à ce moment, elle recouvra miraculeusement la vue. Quelques années après, elle rentra dans la maison et dans les bonnes grâces de son père. Dans ce palais, on la vit mépriser tout ce que le monde recherche, cultiver l'amour de la pauvreté au milieu de l'opulence, garder la solitude d'une anachorète au sein même d'une cour bruyante. Elle repoussa avec constance les alliances qui lui furent offertes, et ce ne fut qu'après de longs et rudes combats qu'elle obtint enfin de son père  la permission de se consacrer à  Dieu avec d’autres vierges. Adalric fit bâtir à ses frais sur le sommet d'une haute montagne une église et un monastère auquel il attacha de riches domaines, et il y installa Odile pour le gouverner.

 

Cet asile de sainteté était à peine ouvert que l'on vit un grand nombre de vierges y affluer : la tradition en porte le nombre à cent trente. Elles vécurent d'abord en ce lieu sans aucune règle déterminée ; imiter Odile était toute leur loi. Plus tard, les sœurs délibérèrent sur le choix qu'elles avaient à faire entre la règle monastique et la règle canoniale ; la très sage Abbesse décida la question en faveur de cette dernière, étant mue à cette résolution par les conditions particulières du lieu.

 

Indulgente envers toutes, Odile n'était dure qu'à l'égard d'elle-même. Du pain d'orge et de l'eau, avec quelques légumes, c'était toute la sustentation de sa vie. La contemplation des choses divines l'attirait continuellement ; elle, y consacrait la plus grande partie de la nuit; le reste était donné au sommeil. Une peau d'ours lui servait de lit, une pierre d'oreiller.

 

Animée d'une tendresse maternelle envers les pauvres et les malades, elle construisit un second monastère et un vaste hospice vers le bas de la montagne, afin d'y ménager à leur misère un asile plus commode. Et non seulement elle établit en cet endroit une communauté de vierges sacrées qui devaient donner leurs soins à ces infortunés ; mais elle-même les visitait chaque jour, leur servait à manger et leur prodiguait ses consolations, pansant même, sans dégoût, de ses propres mains, les ulcères des lépreux. Enfin, pleine de mérites et d'années, et sentant sa mort approcher, elle convoqua ses religieuses dans la chapelle de saint Jean-Baptiste, et les exhorta à demeurer fidèles à leurs saints engagements, et à ne jamais abandonner la voie qui conduit au ciel. Enfin, avant  reçu dans  ce saint lieu le Viatique du corps et du sang de Jésus-Christ, elle sortit de cette vie, le jour des ides de décembre, et, selon le calcul le plus probable, en l'année sept cent vingt. Le corps de la vierge fut  enseveli  dans cette même chapelle ; et dès lors son tombeau commença d'être entouré de la plus grande vénération, et resplendit de l'éclat des miracles.

 

Les voies du Seigneur furent admirables sur vous, ô Odile, et il daigna montrer en votre personne toute la richesse des moyens de sa grâce. En vous privant de la vue du corps qu'il devait plus tard vous rendre, il accoutuma l'œil de votre âme à ne s'attacher qu'aux beautés divines ; et lorsque la lumière sensible vous fut donnée, déjà vous aviez fait choix de la meilleure part. La dureté d'un père vous refusa les innocentes douceurs de la famille ; mais vous étiez appelée à devenir la mère spirituelle de tant de nobles filles qui, à votre exemple, foulèrent aux pieds le monde et ses grandeurs. Votre vie fut humble, parce que vous aviez compris les abaissements de votre Epoux céleste ; votre amour pour les pauvres et les infirmes vous rendit semblable à notre divin Libérateur, qui vient prendre sur lui toutes nos misères. Ne vous vit-on pas retracer les traits sous lesquels il va bientôt se montrer à nous, lorsqu'un pauvre lépreux repoussé de tous fut accueilli par vous avec une si touchante compassion ? On vous vit le serrer dans vos bras, porter avec le courage d'une mère la nourriture à sa bouche défigurée ; n'est-ce pas là ce que vient faire ici-bas notre Emmanuel, descendu pour guérir nos plaies dans ses fraternels embrassements, pour nous faire part de la nourriture divine qu'il nous prépare à Béthléhem ? Pendant qu'il recevait les caresses de votre charité, le lépreux tout à coup sentit disparaître l'affreuse maladie qui le séquestrait du reste des humains. A la place de cette horrible puanteur qu'il exhalait, une odeur délicieuse s'échappe de ses membres renouvelés : n'est-ce pas là encore ce que Jésus vient opérer à notre égard ? La lèpre du péché nous couvrait ; elle se dissout par la grâce qu'il nous apporte, et l'homme régénéré répand autour de lui la bonne odeur de Jésus-Christ.

Au sein des joies que vous partagez avec Lucie, souvenez-vous de nous, ô Odile ! Nous savons combien votre cœur est compatissant. Nous n'avons point oublié la puissance de ces larmes qui retirèrent votre père du lieu des expiations, et ouvrirent les portes de la patrie céleste à celui qui vous avait exilée de la famille terrestre. Maintenant vous n'avez plus de larmes à répandre ; vos yeux ouverts à la lumière du Ciel contemplent l'Epoux dans sa gloire, et vous êtes plus puissante encore sur son cœur. Souvenez-vous de nous qui sommes pauvres et infirmes ; obtenez la guérison de nos maladies. L'Emmanuel qui vient à nous se présente comme le médecin de nos âmes. Il nous rassure en nous disant que sa « mission n'est pas pour ceux qui se portent bien, mais pour ceux qui sont malades. » Priez-le de nous affranchir de la lèpre du péché, et de nous rendre semblables à lui. O vous dont le sang illustre a coulé dans les veines de tant de rois et d'empereurs, jetez un regard sur la France, et protégez-la ; aidez-la à recouvrer avec l'antique foi sa grandeur première. Veillez sur les débris du Saint Empire romain ; l'hérésie a  dispersé les  membres de ce grand corps ; mais il revivra, si le Seigneur, fléchi par vos prières, daigne ramener dans la Germanie l'unité de croyance et la soumission à la sainte Eglise. Priez afin que ces merveilles s'opèrent à la gloire de votre Epoux, et que les peuples, las enfin de l'erreur et de la division, s'unissent pour proclamer le règne de Dieu sur la terre.

 

Considérons la très pure Vierge sortant de son humble retraite pour aller visiter sainte Elisabeth, sa cousine. L'Eglise honore ce Mystère le Vendredi des Quatre-Temps de l'Avent, ainsi qu'on peut le voir ci-dessus, à ce jour, dans le Propre du Temps. Nous emprunterons encore à saint Bonaventure le récit de cette scène sublime, persuadé que rien ne sera plus agréable à nos lecteurs, que d'entendre de nouveau la voix du Docteur Séraphique, à qui il appartient mieux qu'à nous de révéler aux âmes pieuses ces admirables préludes à la Naissance du Sauveur.

 

« Par après, Notre-Dame repensant aux paroles de l'Ange, lesquelles il lui a dites concernant sa cousine Elisabeth, propose de l'aller visiter pour la congratuler, et d'abondant servir à icelle. Elle partit donc de Nazareth, et s'en fut de compagnie avec Joseph son époux, à la maison de cette pieuse Dame, qui demeurait à distance de quatorze ou quinze milles, ou environ, d'Hiérusalem. Ni l'âpreté, ni la longueur du chemin, rien ne la retarde ; mais elle s'en va grand train, parce qu'elle ne voulait paraître longtemps en public ; et par ainsi n'était-elle aucunement aggravée par suite de la conception de son Fils, comme il échet aux autres femmes ; d'autant que le Seigneur Jésus ne fut  oncques onéreux à sa Mère. Considérez comme elle va seule avec son époux, la Reine de ciel et terre ; étant non point à cheval, ains à pied. Point ne mène escorte de soldats ou barons ; point ne se fait accompagner de camérières, ni damoiselles d'honneur ; mais avec icelle marchent la pauvreté, l'humilité, la modestie, et ensemble l'honnêteté de toutes vertus. Elle a davantage quant et soi le Seigneur, lequel a pour son cortège une grande et honorable compagnie, mais non la vaine et pompeuse du siècle.

Or,  comme  elle fut  entrée dans la maison

d'Elisabeth, elle salua  cette sainte Dame,  disant : Salut, ma sœur Elisabeth ! Lors icelle tressautant de joie et toute transportée d'allégresse, et embrasée de l'Esprit-Saint, se lève et embrasse Notre-Dame moult tendrement ; puis après, exclamant  en l'excès de sa liesse, elle dit : Bénie êtes-vous entre toutes les femmes, et a béni le fruit de votre ventre ! Et d'où me vient cette  chance  que  la  Mère de  mon  Seigneur vienne à moi ? C'est que du moment  que la Vierge eut salué Elisabeth, Jehan fut,  au  sein de sa mère, rempli du Saint-Esprit, et que, par ensemble,  sa  mère  en  fut aussi remplie. La mère n'est pas plutôt comblée de cette céleste infusion que le fils, mais oui  bien le fils enrichi de ce don suprême, en communique la plénitude à sa mère ; non toutefois effectuant chose aucune enl'âme de cette-cy ; ains en méritant, par l'Esprit-Saint, qu'il opère quelque chose en icelle, d'autant que c'était en lui-même que reluisait avec plus d'affluence la grâce de l'Esprit-Saint, et qu'il fut le  premier qui ressentit cette grâce. Tout ainsi comme la cousine sentit la venue de Marie, mêmement le petit sentit la venue du Seigneur. Et partant il bondit ; et elle de parler prophétiquement. Vois combien grande est la vertu des paroles de Notre-Dame; puisqu'à leur prononcé est conféré l'Esprit-Saint. Et, de vrai, tant abondamment en était-elle pleine, que des mérites d'icelle l’Esprit-Saint remplissait encore les autres. Or, Marie répondit à Elisabeth, disant : « Mon âme magnifie le Seigneur, et mon esprit tressaille en Dieu mon Sauveur ! »

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Published by Sur les Pas des Saintes - dans Sainte Odile
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