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17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 22:34

Sainte Odile

 

Au temps du roi mérovingien Childeric II, Aldaric ou Etichon, troisième duc d'Alsace, tient sous son emprise toute la vallée du Rhin, de Strasbourg à Bâle. Si Aldaric est chrétien, il n'en demeure pas moins barbare dans ses attitudes et ses colères font plus souvent parler son épée que son coeur.

 

Princesse reniée

 

En 660, alors qu'il attendait avec impatience la naissance de son fils premier-né, lui naquit une petite fille aveugle. Devant les pleurs de sa femme, Béreswinde, il renonça à faire tuer cette "punition divine" à condition que le bébé disparut aussitôt. Odile fut emmenée à Scherwiller, à une trentaine de kilomètres d'Obernai. Bientôt Odile ne fut plus en sécurité chez la nourrice et, à un an, dut reprendre la route pour Palma (actuellement Baume les Dames), près de Besançon, où elle franchit les portes d'un monastère.

 

Pendant toute son enfance, Odile était entourée du silence et de la paix des moniales qui essayaient de lui faire oublier sa cécité : elle apprit à se diriger seule dans le cloître, à reconnaître les appels de la cloche, à chanter par coeur les offices, faisant la joie de ses mères adoptives.

 

L'évêque Ehrhardt de Ratisbonne et son frère Hydulphe, abbé de Moyenmoutier, arrivèrent un jour au monastère pour baptiser la petite aveugle selon l'ordre divin qu'ils avaient eu en songe. Devant la communauté, Ehrhardt prononça les paroles sacramentelles : "Odilia Je te baptise au Nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit". Odilia veut dire : soleil de Dieu. Au moment où l'eau coula sur son front, Odile ouvrit les paupières... Elle voyait ! Après la guérison, l'évêque fit avertir Aldaric qui n'eut aucun geste de repentir. Il avait maintenant quatre fils et une fille, sa fille aînée était oubliée. Odile demeura donc à Palma chez les religieuses qui lui apprirent aussitôt à écrire et à lire dans les livres saints. La souffrance et la cécité l'avaient mûrie : elle faisait preuve d'une force d'âme et d'un détachementextraordinaires. Au fur et à mesure que les mois passaient, Odile sentait grandir en elle le désir de connaître sa famille. Par l'intermédiaire d'un pèlerin, Odile fit parvenir une lettre qui émut son frère Hugues au point qu'il osa affronter son père. L'heure du pardon n'avait pas encore sonné, Aldaric ne voulait pas revoir sa fille mais Hugues écrivit cependant à sa soeur de venir au château, pensant que la vue d'Odile ferait tomber la colère de son père. Hélas, à l'arrivée de sa fille aînée la colère d'Aldaric redoubla : il frappa son fils qui mourut des suites des blessures. Ce fut le dernier accès de colère du terrible barbare qui, désespéré par la mort de son fils préféré, installa sa fille dans son palais et assura sa subsistance. Mais une princesse devait être mariée et Aldaric trouva un prétendant. Odile, voulant devenir religieuse, s'enfuit du palais, poursuivi par l'armée de son père. Elle passa le Rhin et alors que son père allait la rattraper, elle pria et un rocher de la Forêt Noire s'ouvrit pour qu'elle puisse si cacher. Voyant cela son père se laissa fléchir et offrit à Odile le Honenbourg et toutes ses dépendances pour qu'elle fonde un monastère et qu'elle prie pour lui.

 

Abbesse bienveillante

 

Les travaux commencèrent rapidement pour transformer le Honenbourg en un monastère. Odile qui est une âme d'oraison couvrit de chapelles tout le sommet de la colline dont la première fut dédiée à Notre-Dame, puis une autre à Saint Jean-Baptiste qu'Odile vénérait particulièrement depuis son baptême. Un jour après la fin des travaux de cette chapelle, Odile et ses soeurs virent une grande lumière. Les Anges et l'Apôtre Pierre étaient apparus pour consacrer la chapelle. Jusqu'au début du siècle, les missels alsaciens comportait chaque année une fête de la Consécration Angélique. De jour, de nuit, par petits groupes qui se succédaient, les moniales chantaient sans cesse la louange de Dieu. L'Abbesse était la plus ardente à la prière; elle aimait la mortification, mais elle était douce pour ses filles. Ainsi elle tempéra les règles monastique pour que chacune arrive à les vivre sans soucis.

 

Peu de temps après la construction du monastère, Aldaric mourut. Avertie par une vision, Odile le sut en Purgatoire et se mit en prière jusqu'à ce que Notre-Seigneur lui apparut pour lui apprendre l'entrée de son père en Paradis. Une chapelle, dite des larmes, se dresse encore aujourd'hui sur la terrasse du couvent; la tradition assure qu'une pierre creusée par les genoux de la sainte existe encore devant le maître-autel.

 

Le Honenbourg était le refuge des pauvres et des pèlerins qui savaient y trouver bon accueil. Un vieillard tomba en montant vers le monastère. Odile le rencontra un moment plus tard et, comme pour le soulager, il fallait de l'eau, Odile implora le secours de Dieu, frappa le rocher avec sa crosse. Depuis la source désaltère les pèlerins et guérit de nombreux malades des yeux. Mais la preuve était faite que tous ceux qui désiraient du secours ne pouvaient parvenir au sommet de la colline. Un autre monastère fut construit en bas avec un hôpital. Aucun des deux couvents ne voulait se passer de la présence d'Odile qui allait donc d'un cloître à l'autre. Sur le dur chemin elle aidait les malades et les infirmes. De toutes parts on venait la voir car on savait que ses mains étaient bénies. Parfois lorsqu'elle pansait des blessés ou des lépreux, les plaies se fermaient et les douleurs s'apaisaient. Sa préférence allait aux aveugles en souvenir de son infirmité.

 

Mais ses compagnes la voyaient de plus en plus lasse. Sentant la faiblesse la gagner, Odile se rendit à la chapelle Saint-Jean-Baptiste; une dernière fois elle s'adressa à ses filles puis, à l'heure de l'office elle les envoya à l'église. Quand les moniales revinrent de l'office, Odile les avait quittées. Leur peine était grande d'autant plus que leur mère était partie sans avoir communié. Elles se mirent en prière et Odile revint à elle. L'Abbesse réclama le ciboire, se communia et quitta définitivement la terre, le 13 décembre 720.

 

Laissant la suite à ses nièces, Sainte Eugénie et Sainte Gundelinde, la montagne devint la Sainte Montagne de l'Alsace et un grand foyer culturel. Au douzième siècle, Sainte Herrade de Landsberg, amie de Sainte Hildegarde de Bingen, composa pour des soeurs, une encyclopédie spirituelle, philosophique et pratique, du nom de Hortus Deliciarum : Jardin des délices. Elle est encore actuellement l'une des références littéraires et iconographiques du douzième siècle rhénan.

 

Père Raphaël Steck

 

Bibliographie:

http://missel.free.fr/ (vie des saints pour tous les jours de l'année)

http://www.mont-sainte-odile.com (Site du pèlerinage)

Sainte Odile, par Françoise Bouchard aux éditions Résiac

 

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Published by Sur les Pas des Saintes - dans Sainte Odile
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