Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 22:18

L'an 1161, sous le règne de Louis VII, dit le Jeune, et sous l'épiscopat du célèbre Pierre Lombard, appelé le Maître des Sentences, le bruit s'étant élevé dans Paris que l'on avait furtivement-ouvert la châsse de sainte Geneviève et dérobé son précieux chef, l'on en fit une ouverture solen­nelle en présence de l'archevêque de Sens et des évêques d'Auxerre et d'Orléans, que le roi y avait envoyés exprès ; et l'on trouva heureusement que ce bruit était faux, et que le corps entier de la Sainte, avec son chef, était dans la châsse. Il avait été transporté deux fois, durant le neuvième siècle, de l'abbaye où il reposait en des lieux sûrs, dans la crainte des Normands qui ravageaient toute la France, et même assiégèrent Paris et pillèrent cette célèbre abbaye avec celle de Saint-Germain des Prés. Ces abbayes n'étaient pas encore enfermées dans la ville ; mais le corps de la Sainte y avait été rapporté, l'une et l'autre fois, avec beaucoup de solennité, tout le clergé et tous les corps de la ville étant allés au-devant pour le recevoir. Ceux qui ont écrit les histoires de ces translations racontent, comme témoins oculaires, une foule de guérisons miraculeuses qui se firent par l'intercession de la Sainte, dans tout le cours des deux voyages ; mais nous nous dispensons d'en rien dire, pour n'être pas trop long, et parce que de semblables prodiges sont encore assez ordinaires à notre Sainte.

 

Toute la France, et principalement la ville de Paris, implore son assistance en temps de guerre, de peste, de famine, de sécheresse, d'inondation et de trop grande abondance de pluie, et en toute autre sorte de nécessités et d'affaires importantes ; alors (disait le P. Giry en 1685), l'on dé­couvre seulement la châsse, ou bien on la descend de dessus les quatre grosses colonnes de jaspe et les quatre chérubins dorés dont elle est soutenue, et on la porte en procession à l'église cathédrale ; ce qui ne se fait que par ordre du roi et par arrêt du parlement, avec des cérémonies magnifiques, qui sont décrites bien au long dans les Antiquités de Pans. Il y a même une con­frérie de bourgeois des plus honorables de la ville, qui sont désignés pour porter ces précieuses reliques en cette occasion. La relation du miracle des Ardents, écrite dès l'année 1131 ou environ, assure que cette manière de porter la châsse de sainte Geneviève, dans les nécessités publiques, était inviolablement observée de temps immémorial, ce qui montre qu'elle a commencé peu d'années après le décès de cette sainte Vierge, et que c'est une dévotion de presque tous les siècles de notre monarchie. Aussi n'a-t-on jamais eu recours à ce moyen pour apaiser l'indignation de Dieu et pour mériter son secours et sa protection, sans en ressentir le pouvoir. Des guerres ont été ainsi apaisées, des pestes dissipées, la sérénité s'est changée en pluie ou la pluie en sérénité, et la terre, qui était stérile, s'est vue chargée d'une grande quantité de fruits. C'est ce que l'on a éprouvé l'an 1675, après la descente et la procession de la châsse qui s'était faite le dix-neuvième jour de juillet, avec un concours infini de peuple. Car, quoique les pluies continuelles eussent mis toute la campagne dans la dernière désolation et que les laboureurs fussent hors de toute espérance de récoltes, il se fit tout à coup un changement si merveilleux, que l'année devint une des plus abondantes que l'on eût vue depuis longtemps pour les blés et pour les menus grains ; les hérétiques eux-mêmes et les libertins furent contraints de reconnaître qu'il y avait, dans la disposition de la saison, quelque chose d'extraordinaire et de miraculeux.

 

La châsse de notre illustre patronne n'était autrefois que d'argent blanc et sans beaucoup d'ornements ; mais Robert, de la Ferté-Milon, abbé de Sainte-Geneviève, en fit faire une, l'an 1242, où il entra 193 marcs et demi d'argent et 8 marcs et demi d'or. Le cardinal de La Rochefoucauld, dernier abbé commendataire et restaurateur de la même abbaye, avec les libéralités de la reine Marie de Médicis, la fit encore redorer et enrichir d'un grand nombre de perles et de pierres précieuses qui lui donnèrent un éclat merveilleux. On ne saurait croire combien de monde s'assemble tous les vendredis, à Sainte-Geneviève, pour vénérer cette Sainte et pour implorer son secours ; combien de messes l'on y fait célébrer, tant pour demander des guérisons que pour remercier Dieu de celles que l'on a obtenues ; et combien d'ex-voto l'on attache auprès de son mausolée, en témoignage des grâces que l'on a reçues par son intercession.

 

Ce que l'on vient de lire n'est plus qu'un souvenir.

 

Un cercueil en pierre, dans lequel reposa primitivement le corps de sainte Geneviève, est à peu près tout ce que Paris possède aujourd'hui de sa sainte patronne. Un coup de vent a suffi pour anéantir ce qu'avaient épargné treize siècles. Ce cercueil, déposé dans une espèce de chapelle, à droite du chœur, dans l'église Saint-Etienne-du-Mont, est encore l'objet d'une grande dévotion, le but de nombreux pèlerinages. Chaque année, le 3 janvier, commence, à Saint-Etienne-du-Mont et au Panthéon, qui en est voisin, une neuvaine en l'honneur de sainte Geneviève, qui attire de nombreux fidèles, malgré le refroidissement de la foi dans la grande ville.

 

En 1871, les communaux de Paris, dignes successeurs des démolisseurs de 93, ont profané le temple de Sainte-Geneviève ; sa châsse fut violée et défoncée, et les saints ossements jetés au vent : sans doute il ne s'agit que d'une faible portion des reliques de !a patronne de Paris, car toutes celles que renfermait la châsse conservée à l'abbaye de Sainte-Geneviève avaient été brûlées en place de Grève, le 3 décembre 1793 ; mais un certain nombre d'églises de France possédaient quelques reliques de la Vierge de Nanterre, et Mgr de Quelen, lors de la réouverture de Sainte-Geneviève, le 3 janvier 1822, put y déposer plusieurs parcelles des ossements qu'il avait obtenues de divers endroits. La piété des fidèles éprouvera peut-être quelque consolation, en apprenant que plusieurs précieuses reliques de l'auguste protectrice de Paris existent encore, notamment à Verneuil, dans le département de l'Oise.

 

Il y avait, à Verneuil, avant la Révolution de 93, un prieuré ; l'église de la paroisse en dépen­dait, et il portait le titre de Prieuré de Sainte-Geneviève ; c'était le prieur qui nommait le curé. Tous les actes religieux antérieurs à 93 se terminent ainsi : « Fait en l'église de Madame Sainte-Geneviève ».

 

De temps immémorial, il y a un vallon prenant naissance dans la forêt et aboutissant au pays qui porte, dans la forêt, le nom de Fonds de Sainte-Geneviève, et là où on cultive, Vallée de Sainte-Geneviève. Dans cette même vallée, la source qui donne naissance à un petit ruisseau s'est toujours, de mémoire d'homme, appelée Source de Sainte-Geneviève ; depuis une dizaine d'années, on a construit, sur cette source, un magnifique rocher, qui renferme la statue de Sainte Geneviève et qui porte le nom de Fontaine Sainte-Geneviève ; — l’eau de cette fontaine est reconnue par las médecins des environs pour avoir d'excellentes propriétés, et ils conseillent aux malades d'en boire.

Partager cet article

Repost 0
Published by Sur les Pas des Saintes - dans Sainte Geneviève
commenter cet article

commentaires

Recherche