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23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 22:22

Le démon, plein de rage contre cette bienheureuse vierge, à cause des insignes victoires qu'elle remportait continuellement sur l'enfer, lui suscita une nouvelle persécution où elle fut sur le point de perdre la vie. Ce fut à l'occasion d'Attila, roi des Huns, surnommé le fléau de Dieu, qui entra dans les Gaules à la tête de cinq ou six cent mille combattants. Comme ce bar­bare faisait partout des ravages épouvantables, qu'il saccageait les villes, pillait et brûlait les églises, mettait tout à feu et à sang, remplissait les cam­pagnes de meurtres, et ne laissait où il passait qu'une image horrible de la mort; Paris, qui était sur sa route, avait sujet de craindre d'être enveloppé dans ce débordement, dans cette désolation générale. Les plus riches bour­geois pensaient à se sauver avec ce qu'ils pourraient emporter de leurs biens, en d'autres villes plus fortes ou moins exposées au passage d'un si terrible ennemi. Sainte Geneviève, au contraire, animée de l'esprit de Dieu, faisait tous ses efforts pour les retenir dans Paris, leur assurant que, s'ils voulaient faire pénitence et apaiser la colère du ciel par leurs larmes, ce fléau ne tom­berait pas sur eux, et qu'ils seraient en plus grande sûreté dans leurs maisons que dans les villes où ils voulaient se retirer. Quelques femmes, persuadées par ses discours, s'assemblèrent dans l'église, où elles passaient les jours et les nuits en prière pour détourner ce fléau de Dieu. Il y eut aussi des hommes qui les imitèrent et résolurent de ne chercher leur salut que dans la protection du Tout-Puissant ; d'autant plus que l'estime qu'ils avaient de la sainteté de Geneviève faisait qu'ils se fiaient entièrement à sa parole et qu'ils ne doutaient point qu'elle ne fût capable de les délivrer par ses prières. Mais le démon en souleva d'autres contre elle, leur suggérant que ses pro­phéties n'étaient que des rêveries par lesquelles elle endormait les meilleurs citoyens et les entraînait à une ruine inévitable. Là-dessus, ils excitèrent une sédition où l'on conspirait déjà de la faire mourir ; mais Dieu, qui l'avait délivrée la première fois par les remontrances de saint Germain, la délivra, cette seconde fois, par celles de son archidiacre : celui-ci, arrivant alors à Paris et étant informé de cette conspiration, assembla le peuple et le dé­tourna d'une action si exécrable, lui remettant devant les yeux combien le même saint Germain avait estimé, de son vivant, cette pieuse vierge, et leur montra les eulogies qu'il avait ordonné, à sa mort, de lui apporter[1]. Sur ce témoignage, non-seulement le tumulte cessa, mais ceux qui étaient le plus résolus de sortir de Paris y demeurèrent, et ils virent bientôt l'effet des prières et l'accomplissement de la prophétie de Geneviève ; car Attila passa de la Champagne à Orléans, et d'Orléans en Champagne, sans approcher de Paris, et il fut enfin chassé de toutes les Gaules par une signalée victoire que les Romains, les Francs et les Visigoths, unis ensemble, remportèrent sur lui, auprès de Chalons-sur-Marne ; ce qui arriva l'an 451. Ainsi la réputation de la Sainte s'accrut merveilleusement, et l'on ne la regarda plus que comme le salut de la patrie et comme un miracle de sagesse et de sainteté.

Cinq ou six ans après, Mérovée, troisième roi des Francs, vint devant Paris, où les Romains avaient encore une forte garnison ; et, après un très-long siège, que quelques historiens font de cinq ans, il s'en rendit maître. Il ne faut pas s'étonner si sainte Geneviève, qui était dedans, ne détourna point ce coup, puisqu'elle n'avait garde de s'opposer aux desseins de Dieu, qui voulait faire de cette ville la capitale du plus florissant royaume qui ait jamais été sur la terre. Mais elle eut ensuite une grande occasion de faire paraître sa charité ; car ce siège ayant ruiné tous les environs de Paris, il fut suivi d'une si grande famine, que plusieurs des habitants mouraient de faim, et que les autres étaient réduits à la dernière misère. La Sainte, étant donc touchée de compassion, s'embarqua sur la Seine, et, allant de ville en ville, fit si bien auprès des marchands, qu'elle amassa, en peu de temps, la charge de onze grands bateaux de blé. Son voyage fut accompagné de miracles. Elle chassa du fleuve de la Seine deux mauvais esprits, qui, cachés sous un grand arbre, renversaient la plupart des bateaux qui passaient auprès, et tâchèrent même de faire périr le sien. A Arcis-sur-Aube, elle rendit la santé à la femme d'un officier nommé Passivus, affligée depuis quatre ans d'une paralysie qui la rendait immobile. A Troyes, en Champagne, elle rendit la vue a des aveugles, délivra des possédés et guérit un grand nombre de ma­lades. Etant revenue à Paris, elle eut soin que le blé qu'elle avait amené fût distribué aux habitants ; mais surtout elle pourvut à la nécessité des pau­vres, faisant cuire incessamment pour eux, en sa maison, et leur donnant le pain aussitôt qu'il était cuit ; ainsi, elle délivra Paris d'une ruine qui sem­blait inévitable, et elle retira de la mort une infinité de personnes qui en portaient déjà les marques funestes sur le visage.

Le bruit de ces merveilles ne demeura pas renfermé dans cette ville, mais vola bientôt par toute la terre. Saint Siméon Stylite, qui était en Asie, voyant, au pied de sa colonne, des marchands de Paris qu'une sainte curiosité y avait amenés, les supplia de saluer de sa part, à leur retour en France, leur sainte compatriote, et de le recommander à ses prières. C'était Dieu, sans doute, qui lui en avait donné la connaissance par une révélation particulière. Elle était respectée des personnes les plus élevées en dignité, et même des rois de France sous qui elle vivait. Le roi Mérovée, dans le peu de temps qu'il survécut à la reddition de Paris, lui porta toujours beaucoup d'honneur ; et, selon l'idée que lui donna le paganisme, la regarda comme une demi-déesse. Son fils, Childéric, n'avait pas pour elle une moindre estime ; quoiqu'il fût idolâtre, comme ses prédécesseurs, il ne lui refusait jamais, néanmoins, ce qu'elle lui demandait. Un jour, voulant absolument que quelques criminels fussent exécutés, et, craignant que Geneviève ne vînt demander leur grâce, il fit fermer les portes de la ville, où elle était, tandis que l'exécution se ferait dehors, croyant, par ce moyen, lui en empêcher la sortie. Mais la Sainte, ayant ouvert les portes par ses prières, eut tant de force sur son esprit, qu'elle l'obligea, contre sa résolution, de pardonner à ces malheu­reux. Le grand Clovis, notre premier roi chrétien, eut encore plus d'affec­tion et de vénération pour elle ; à sa requête, il délivrait les prisonniers, donnait de grandes aumônes au clergé et aux pauvres, et faisait bâtir de belles églises, telle que fut celle de Saint-Pierre et de Saint-Paul-sur-le-Mont, au-dessus de Paris, nommée depuis Sainte-Geneviève, pour avoir été le lieu de sa sépulture et le théâtre glorieux de ses miracles. De plus, il lui fit don de deux riches fermes qu'elle affecta à la cathédrale de Reims, où ce grand monarque avait été baptisé et avait fait profession du christianisme ; saint Remy n'a pas omis ce fait dans son testament, où il parle aussi avec beaucoup d'honneur de cette illustre bienfaitrice. Enfin, la reine sainte Clotilde, femme de Clovis, se considérait comme extrêmement favorisée lorsque sainte Gene­viève lui rendait visite ; elle la faisait asseoir auprès d'elle, dans son cabinet, et prenait plaisir à l'entretenir familièrement des moyens de plaire à Dieu et d'assurer son salut éternel.

Pendant l'éloignement de Childéric hors du royaume, la Sainte eut la dévotion de faire bâtir une église sur les tombeaux des saints Denis, Rustique et Eleuthère, apôtres de la France et martyrs, au village de Cathœuil[2], à deux lieues de Paris, du côté du septentrion. C'est à présent la ville de Saint-Denis. Elle n'avait nul moyen pour exécuter cette entreprise, et les prêtres à qui elle en parla y trouvèrent beaucoup de difficultés, parce qu'ils ne savaient où l'on trouverait en cet endroit, qui était tout environné de bois, les matériaux nécessaires pour l'édifice ; mais elle leur dit, d'un esprit prophétique, que s'ils voulaient prendre la peine de passer sur le pont, cette difficulté leur serait levée. En effet, s'y étant transportés, ils entendirent deux paysans qui disaient qu'ils venaient de découvrir, dans la forêt voisine, deux fours à chaux d'une grandeur extraordinaire, où la chaux était toute prête à être employée. Cette rencontre leur fit connaître que le dessein de Geneviève venait de Dieu. Ils l'informèrent aussitôt de ce qu'ils avaient appris, et lui offrirent de l'assister de tout leur crédit et de tout leur pouvoir pour l'accomplissement d'une si bonne œuvre. Les Parisiens et les habitants de ce  lieu ne manquèrent pas non plus d'y contribuer de leurs aumônes. Ainsi cette église fut bâtie en peu de temps, et c'est celle où, plus de cent cin­quante ans après, Dagobert, fils du roi Clotaire II, et depuis son successeur, se sauva pour éviter la colère de son père irrité contre lui, et où, peu de temps auparavant, ses chiens de chasse n'avaient osé entrer pour poursuivre un cerf qui s'y était réfugié. Elle demeura toujours fort célèbre sous le nom de Saint-Denis de l'Estrée, jusqu'à ce que le même Dagobert, étant monté sur le trône, fit bâtir près de là l'abbaye royale de Saint-Denis, où il fit transporter les corps de nos saints martyrs, que l'on trouva dans cette église, et où lui et presque tous ses successeurs ont depuis choisi leur sépulture.



[1] C'étaient des présents de choses bénites que l'on s'envoyait en signe d'union et d'amitié. Saint Germain était en Italie lorsqu'il chargea son archidiacre de porter des eulogies à sainte Geneviève. Mais celui-ci ne vint a Paris que deux ans après : car saint Germain mourut à Ravenne en 448 ; et Attila, qui commença a menacer l'empire en 450, n'entra dans les Gaules qu'en 451. On ignore ce qui put retarder si longtemps l'archidiacre.

 

[2] Les savants sont fort en peine pour savoir quel était ce village de Cataœuil (Catholacensem vicum), où sainte Geneviève se rendait souvent, et en quel lieu se trouvait l'église bâtie par cette illustre vierge en l'honneur de saint Denis et sur le tombeau même du saint martyr.

Tillemont place Cathœuil près de Paris, et croit trouver des traces de ce nom dans celui de Challlot. Mém. eccl., t. IV, p. 712 et 715. Dom Toussaint Su Plessis le met plus près encore de Paris, et pour cela, il bâtit, sur la rive droite de la Seine, près de Saint-Germain l'Auxerrois, une église de Saint-Denis... qui n'a jamais existé. (iVouc. ann. de Paris, p. 21 et suiv., 39, 88, 252, 307, etc.

Godescard regarde comme plus probable que Cathœuil était situé à Montmartre, ou furent décapité saint Denis et ses compagnons. (Vies des Pères, etc., t. 1er, au 3 janvier.)

Le Beuf le met au même lieu où est maintenant la ville de Saint-Denis, et prétend que l'église dont il est question fut construite à l'endroit même où se trouve l'église abbatiale. (Diss. sur l'Hist, eccl. Et civ. de Paris, t. 1er, p. 8.)

D'autres, enfin, pensent avec Bollandus (Acta Sanct., t. Ier, au 8 janvier, Vita Sunctœ Genovefoe), que l'église dont il s'agit fut bâtie au lieu ou était l'ancien prieuré de Saint-Denis de l'Estrée (Sancti Dio-nysii de Strata).

 

 

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Published by Sur les Pas des Saintes - dans Sainte Geneviève
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