Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 22:24

Ses parents étant morts, elle quitta Nanterre et vint demeurer à Paris, chez une femme qui était sa marraine. A peine y fut-elle, que Dieu l'affligea d'une paralysie si violente et si universelle, qu'elle ne pouvait se servir d'au­cun de ses membres, et ce mal alla même à un tel excès qu'elle fut, une fois, l'espace de trois jours, sans nul autre signe de vie que quelques palpitations de cœur et un peu de rougeur qui paraissait sur ses joues. Mais, tandis que son corps était dans cette faiblesse, elle fut ravie en esprit parmi les chœurs des Anges, où elle vit les biens ineffables qui sont préparés à ceux qui aiment Dieu, et beaucoup d'autres secrets que son historien s'est abstenu de rap­porter en détail, à cause de l'incrédulité des hommes. Dieu lui ayant rendu la santé, elle commença à briller comme un soleil, au milieu de Paris, par la sainteté de ses exemples ; elle pénétrait, grâce à une lumière surnatu­relle, dans le fond des consciences, et portait tout le monde, par des dis­cours enflammés, à l'amour de Jésus-Christ. Elle passait sa vie en des prières et en des larmes continuelles, et elle en versait une telle abondance, que le plancher de sa chambre en était tout trempé. Son abstinence était prodi­gieuse, et à peine pourrait-on y croire, si l'on n'en voyait un excellent mo­dèle dans la vie de son maître et directeur, saint Germain d'Auxerre. Car on dit qu'elle ne mangeait que deux fois la semaine, à savoir le dimanche et le jeudi ; ces jours-là, tous ses mets consistaient en un morceau de pain d'orge et quelques fèves cuites à l'eau depuis longtemps ; elle observa inviolablement cette abstinence depuis l'âge de quinze ans jusqu'à celui de cinquante ; à cette époque, pour obéir aux prêtres du Seigneur qui gouver­naient sa conscience, et pour soutenir son corps abattu par un jeûne si rigoureux, elle consentit à manger avec son pain d'orge un peu de lait et de poisson ; mais, pour de la viande et du vin, elle ne put jamais se résoudre à en user. Elle avait avec cela, douze autres compagnes spirituelles, à savoir : la foi, la confiance en Dieu, la charité, la prudence, la magnanimité, la patience, la simplicité, l'humilité, le zèle de la discipline, la pureté, la concorde et la vérité, qui ne l'abandonnaient jamais, ou plutôt qu'elle-même entretenait avec grand soin et savait très-bien occuper.

 

Une sainteté si éclatante lui attira bientôt des envieux. Ne pouvant souffrir les louanges qu'on lui donnait, ni la très-haute réputation qu'elle s'acquérait, ils la décrièrent partout, et firent courir le bruit qu'elle n'était qu'une hypocrite, qui trompait le monde par une austérité apparente et une dévotion feinte et étudiée. Ce poison commençait déjà à s'insinuer dans les esprits, lorsque le grand saint Germain, dont nous avons parlé, ayant été rappelé en Angleterre, pour y combattre de nouveau l'hérésie pélagienne, qui s'y était rétablie depuis son départ, passa une seconde fois par Paris. C'était cinq ou six ans après son premier voyage. La malice de ces impos­teurs fut si grande qu'ils ne firent point de difficulté de calomnier Geneviève en présence de ce saint évêque, et qu'ils voulurent lui faire croire qu'elle n'était pas telle qu'il pensait. Mais, comme il la connaissait parfaitement, il ne tint nul compte de leurs discours ; au contraire, les menant dans la chambre de la Sainte, il la salua avec un profond respect, comme une per­sonne dans laquelle il révérait la présence de Dieu ; après quoi il fît un dis­cours au peuple : il y réfuta les fausses accusations publiées contre elle et déclara quel était son mérite devant Dieu ; ce qui fit cesser tous les bruits qui s'étaient répandus au préjudice de sa réputation.

 

Ce que nous avons dit fait assez voir qu'elle était encore fort jeune lorsque cette persécution lui fut suscitée ; mais cela n'empêcha pas qu'on ne l'élevât bientôt après à une charge que l'on considérait beaucoup en ce temps-là : c'était d'avoir comme l'intendance et la direction des autres filles qui faisaient profession de virginité ; et elle s'en acquitta si dignement que plusieurs de ces filles parvinrent, par ses bons avis, à un détachement parfait de toutes choses et à une sainteté très-éminente ; de leur nombre était, dit-on, sainte Aude, vierge parisienne dont on montrait, avant 1793, la châsse, avec celle de saint Ciran, vingt-cinquième évêque de Paris, et celle de sainte Clotilde, femme du grand Clovis, en l'église de notre sainte Geneviève. Ce­pendant, comme elle savait qu'elle ne pouvait être utile aux autres que par les lumières et les grâces qu'elle recevait d'en haut, elle ne cessait pas de passer quelquefois des journées et des semaines entières dans une étroite solitude, pour y vaquer uniquement à Dieu ; et même elle s'était fait cette loi de de­meurer tous les ans renfermée dans sa petite chambre depuis la fête des Rois jusqu'au jeudi saint, sans nul autre entretien que celui de Notre-Seigneur Jésus-Christ et des esprits bienheureux. Qui pourrait décrire les péni­tences et les mortifications qu'elle y faisait, les torrents de larmes qu'elle y répandait, les actes d'amour et de religion qu'elle y produisait, les douceurs et les consolations qu'elle y recevait, et les communications intimes avec Dieu dont elle y était favorisée ? Aussi en sortait-elle comme le fer sort d'une fournaise ardente, c'est-à-dire toute remplie, pénétrée et embrasée du feu de la divinité. Une femme eut un jour la curiosité d'épier à quoi s'occu­pait la Sainte durant une si longue retraite ; mais elle n'eut pas plus tôt approché la vue des lentes de la porte qu'elle devint aveugle, ce qui lui dura jusqu'à la fin du Carême : Geneviève, sortant de sa solitude, pria pour elle, fit le signe de la croix sur ses yeux et lui rendit la vue qu'elle avait perdue par sa légèreté.

Partager cet article

Repost 0
Published by Sur les Pas des Saintes - dans Sainte Geneviève
commenter cet article

commentaires

Recherche