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23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 22:26

Il adressa ensuite la parole à cette excellente vierge et lui demanda si elle était dans le dessein de n'avoir point d'autre époux que Jésus-Christ. Elle répondit, d'un visage riant qui témoignait la joie de son cœur, qu'il y avait longtemps qu'elle désirait faire vœu de virginité et qu'elle aurait une extrême satisfaction s'il agréait qu'elle le fît entre ses mains et avec sa béné­diction. Sur cela, il l'embrassa encore, l'exhorta à persévérer ; et, étant allé à l'église, il y fit chanter None et Vêpres[1], durant lesquelles il tint toujours sa main droite, à la vue de tout le peuple, sur la tête de Geneviève. Après les prières, il la fit manger en sa compagnie, puis la renvoya avec ses parents, les avertissant de la ramener le lendemain. Ils le firent, et le Saint la trouva très-affermie dans son généreux dessein. Au même temps il aper­çut à terre une pièce de monnaie sur laquelle était gravée la figure de la Croix ; il la prit et la donna à cette sainte épouse de Jésus-Christ, comme un riche présent que lui faisait son Epoux, lui ordonnant de la porter tou­jours sur elle, de renoncer pour jamais aux vains ornements des femmes[2] et de ne désirer que ceux qui embellissent l'âme et la rendent agréable aux yeux de Dieu. Quelques auteurs ont écrit qu'elle n'avait alors que six ans ; mais cela est peu vraisemblable : les circonstances de cette action font assez juger qu'elle était plus âgée ; et, environ cinq ans après, lorsque saint Ger­main repassa par Paris, pour aller une seconde fois en Angleterre, des actes éclatants l'avaient déjà rendue fort célèbre et lui avaient suscité beau­coup d'envieux ; de sorte qu'elle ne pouvait alors avoir guère moins de seize ans. Ainsi, je ne fais point difficulté de lui donner dix à onze ans lorsqu'elle reçut la bénédiction de saint Germain.

 

Après le départ des saints prélats, elle s'appliqua plus que jamais à la contemplation des choses célestes, et toute sa joie était, dans les heures qu'elle pouvait ménager sur les emplois domestiques, de courir à l'église pour y jouir de la présence et de la douce conversation de son bien-aimé. Un jour (c'était un jour de fête), la mère de Geneviève se disposant à aller à l'église, l'enfant voulut l'accompagner. La mère s'y opposa ; mais l'enfant dit en pleurant : J'ai promis à l'évêque de vivre saintement ; il faut donc que j'aille souvent à l'église. La mère, irritée, la frappa rudement ; mais aussitôt elle devint aveugle. Après s'être trouvée dans cet état durant vingt et un mois, elle se rappela les paroles de l'évêque au sujet de sa fille, et elle fit venir celle-ci. — Prends cette cruche, lui dit-elle, et va la remplir d'eau à la fontaine. — La petite fille, en arrivant près de la fontaine, se mit à pleurer de ce que sa mère était aveugle à cause d'elle ; de sorte que ses larmes se mêlèrent à l'eau qu'elle puisa à la fontaine. Quand elle fut reve­nue auprès de sa mère, celle-ci leva les mains au ciel, et dit à Geneviève de faire le signe de la croix sur l'eau ; puis elle en prit et se lava trois fois les yeux, et après la troisième fois elle recouvra la vue. Ce grand miracle l'obligea, ainsi que son mari, à laisser la sainte fille dans une entière liberté pour le choix d'un état de vie. Mais le choix était déjà fait, et celle qui avait promis à saint Germain de prendre Notre-Seigneur pour époux, ne pouvait embrasser d'autre état que celui d'une vierge consacrée à Jésus-Christ. Il ne paraît point qu'il y eût dans Paris de monastère de religieuses ni de communauté de filles ; mais celles qui voulaient vivre dans la conti­nence et faire vœu de virginité, s'adressaient seulement à l'évêque, et en recevaient le voile avec les prières et les cérémonies ordinaires de l'Eglise ; après quoi, il leur était permis de se retirer chez elles. Sainte Geneviève se présenta pour cela à l'évêque de Paris, saint Marcel, ou plus probable­ment saint Félix, vers 435 ou 440, ou à l'évêque de Chartres, Villicus[3]. Deux autres filles se présentèrent avec elle pour le même objet, et elles obtinrent toutes trois la grâce qu'elles demandaient ; mais l'évêque, qui était un homme éclairé de Dieu, reconnaissant en Geneviève une vertu au-dessus du commun, la fit passer avant ses deux compagnes, quoique plus âgées et de meilleure condition qu'elle.



[1] Nonam atqne duodecimam. Quoique anciennement on fut très-ponctuel à réciter chaque partie de l'office divin à l'heure qui y répondait, cependant saint Germain et saint Loup aimèrent mieux retarder None et Vêpres, pour les pouvoir dire dans une église, que de les réciter sur le chemin a leur heure véri­table. Le mot duodecima, employé pour signifier Vêpres, montre clairement que leur vraie heure était non pas à cinq, mais a six heures du soir, c'est-à-dire a la douzième heure du jour naturel, vers les équinoxes. La même chose se prouve encore par l'ancienne hymne des Vêpres de la férié Jan ter quaternus, (Voir Bona, De divinâ psalmodiâ, etc.)

[2] Ces paroles de saint Germain prouvent évidemment, selon la plupart des auteurs, que Geneviève n'était pas une simple bergère. Ses parents étaient des plus considérables de Nanterre, et si Geneviève gardait les troupeaux, elle le faisait comme avait fait David, de race royale et roi lui-même.

[3] Les manuscrits de la Vie de sainte Geneviève portent diverses orthographes du nom du prélat consécrateur. C'était probablement Félix, qui occupait le siège de Paris vers 435 ou 440 ; et l'on tirerait Feliji de Vilicus, Ville, à cause de l'analogie de ces deux mots, surtout dans la prononciation. Il n'y a pas eu a Chartres d'évêque du nom de Vilieus, et l'épithète de Carnotensis de certains manuscrits indiquerait que Félix (Vilieus, Ville) était originaire de Chartres.

 

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Published by Sur les Pas des Saintes - dans Sainte Geneviève
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