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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 21:56

Relevons ici un détail important et qui prouve bien l'inébranlable assurance des petits lecteurs : Entre le mot laisse et toucher, il y eut un assez long intervalle, ce qui fit supposer à sœur Vitaline que la phrase était terminée. Mais dans ce cas ces mots : Mon Fils se laisse, n'avaient pas de sens. Alors elle dit aux enfants qu'ils se trompaient, qu'ils lisaient mal, et qu'au lieu de laisse, c'était sans doute lasse qu'il y avait. Non, non, répondirent les enfants tous ensemble, ce n'est pas lasse, il y a un ». Et l'apparition du mot toucher vint prouver à sœur Vitaline qu'ils avaient raison. Il y a dans cette résistance des enfants au sentiment d'une personne en laquelle ils croyaient aveuglément d'habitude, toute une révélation. C'est la plus forte épreuve qu'ait eu à subir leur sincérité.

Voici la promesse telle que les enfants l'ont lue et relue plus de cent fois sur l'écriteau :

MAIS PRIEZ, MES ENFANTS, DIEU VOUS EXAUCERA EN PEU DE TEMPS

MON FILS SE LAISSE TOUCHER.

Il y dans ce mais qui commence les paroles de la Vierge, quelque chose de très-remarquable. Ne serait-ce pas la continuation des paroles de la Salette ? la promesse après les menaces ; le pardon après les malheurs et le châtiment... comme la suite, en un mot, d'une phrase interrompue !!!

Alors, sœur Marie-Edouard, mettant de côté les préoccupations un peu trop personnelles et trop locales de l'assemblée, élargit la sphère des prières. D'une voix que l'émotion faisait trembler, elle chanta :

Mère de l'espérance

Dont le nom est si doux,

Protégez notre France,

Priez, priez pour nous !

A mesure que la religieuse chantait, la Sainte Vierge, élevant les mains, s'y associait en battant la mesure. Son visage était si beau et son sourire si doucement lumineux, que sous ce charme céleste, les petites filles et l'un des petits garçons essayèrent par un bond de s'envoler vers elle.

Le cantique terminé, les lettres d'or s'effacèrent et l'écriteau disparut. Sur le visage de la Sainte Vierge s'éteignit le doux sourire et parut la tristesse. Un peu au-dessous de ses pieds, les enfants virent une croix rouge sur laquelle se détachait un Christ rouge aussi. La Sainte Vierge s'inclina pieusement, prit le crucifix dans ses mains superposées, et le pencha vers les enfants. Il était surmonté d'un écriteau où étaient écrits ces mots en lettres rouges : Jésus-Christ. On continua à prier avec plus de ferveur que jamais. Et toute l'attitude de Marie témoignait qu'elle priait aussi. Après quelques instants pendant lesquels l'assemblée chanta le Parce Domine et l'Ave maris stella, le Christ rouge s'évanouit ; la Sainte Vierge inclinée se redressa, et sur chacune de ses épaules se forma une petite croix blanche. Une des étoiles qui, au commencement, étaient venues se ranger sous les pieds de la belle dame, s'éleva, fit le tour du cercle bleu dont elle alluma les flambeaux, et alla se fixer au-dessus de la tête de Marie, dont le visage, de triste qu'il était quand elle tenait la croix rouge, redevint souriant et radieux. Le symbolisme de cette dernière partie de l'apparition était transparent pour toute l'assemblée. C'était, qu'on nous passe cette expression, un commen­taire illustré des mots tracés sur l'écriteau. Le Christ sanglant disait que les péchés de la France avaient de nouveau crucifié le Sauveur et attiré sur nous la colère de Dieu. De là la guerre avec l'étranger et avec nos propres concitoyens. Tout peuple qui frappe le Christ se frappe lui-même. Le déicide a pour contre-coup fatal l'homicide. Le fleuve de sang qui arrose la terre va, grossissant ou diminuant, en proportion de nos crimes. Une nation entièrement coupable et irrévocablement fixée dans le mal s'exterminerait de ses propres mains. Mais les nations sont guérissables par la prière, le repentir et l'expiation. Et c'est ce que disait la Sainte Vierge en présentant le Christ rouge aux enfants et les invitant à prier à son exemple et par son intermédiaire l'adorable Trinité. Je dis par son intermédiaire, car toute son attitude dans cette scène touchante démontre claire­ment qu'elle veut être médiatrice entre son Fils et les hommes ; que si ceux-ci consentent à prier en elle, par elle, et avec elle, la miséricorde triomphera de la justice. Ce triomphe de la miséri­corde, cette assurance du pardon et par conséquent de la paix sont admirablement signifiés par le changement du crucifix sanglant en ces deux petites croix blanches qui reparurent sur les épaules de Marie. La couleur blanche est le poétique symbole de la pureté, de la régénération, de l'inno­cence et de la paix. Et la Sainte Vierge passant alors de la tristesse à la joie, et ces flambeaux allumés par une étoile dans le cercle bleu, et cette étoile venant se fixer et scintiller au-dessus de la tête de la belle dame, que disent ces choses, sinon que le Fils de Marie se laisse toucher, et que les prières des Saints, éclairées, fortifiées par celles de Marie, ont encore une fois sauvé la France. Après cette glorification où les prières de la terre se mêlèrent aux lueurs affaiblies du ciel, l'apparition s'éteignit sous une sorte de voile blanc qui lui-même s'évanouit dans le bleu du firma­ment. Les habitants du village qui étaient accourus en foule se retirèrent gravement. Pas un doute ne s'éleva parmi eux. La sincérité des enfants était évidente, mais la vertu qui s'échappe des choses divines était plus évidente encore. C'est par le cœur surtout, c'est à son émotion profonde, à son recueillement spontané, à la terreur religieuse qu'il éprouve, que l'homme sent l’approche et la présence de Dieu.

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Published by Sur les Pas des Saintes - dans Notre Dame de Pontmain
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