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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 21:57

Cependant les habitants de Pontmain, réunis en grand nombre, s'entretenaient de l'évènement. Comme il arrive toujours, les uns croyaient au miracle sur la foi des enfants, et d'autres étaient incrédules. Il y avait même quelques esprits forts en herbe qui attribuaient l'impossibilité de voir au défaut de lunettes ou de mouchoirs de soie, assimilant sans doute une apparition miraculeuse à une éclipse de lune.

— Pourquoi, dit un jour M. Renan, pourquoi Dieu ne fait-il pas de miracles en présence des membres de l'Institut ? — Pourquoi, dit à son tour un petit Renan de village, ne verrais-je pas comme ces garçons ? Si j'avais un mouchoir de soie, je découvrirais sûrement le phénomène. — Oh ! qu'à cela ne tienne, lui répondit Victoire Barbedette ; j'ai justement un mouchoir de soie : le voici, prenez et regardez. Le savantasse prit le mouchoir, se l'appliqua devant les yeux et essaya de voir à travers ; mais malgré son instrument d'optique, il avoua ne rien découvrir. Sa déconvenue provoqua un grand éclat de rire parmi la foule toujours grossissante, et au lieu de l'importance qu'il croyait se donner, il ne recueillit que des plaisanteries. Comme cette scène se prolongeait, et que quelques-uns des assistants continuaient à rire, à plaisanter et aussi à douter, les enfants remar­quèrent que la physionomie de la belle Dame changeait, et qu'au sourire ineffable avec lequel elle les regardait, succédait une expression de profonde tristesse. Alors l'une des religieuses, sœur Marie-Edouard, demanda au vénérable pasteur de parler à la sainte Vierge. Lui ! parler à la sainte Vierge, il n'oserait ni ne pourrait. Et pénétré d'une religieuse émotion, il s'affaissa sur ses genoux en murmurant : « Prions, mes enfants ! » Cette âme vraiment sacerdotale, avait compris qu'on ne parle pas à la sainte Vierge, mais qu'on la prie. Ce sentiment qui débordait de la personne du vieux prêtre et qui le transfigurait, gagna tous les cœurs et fit fondre tous les doutes. Les hommes, les femmes, les enfants s'agenouillèrent, les visages tournés vers le lieu de l'apparition, et dans le silence solennel de cette belle nuit, une voix claire, mais tremblante d'humilité, s'éleva : c'était celle de sœur Marie-Edouard commençant le chapelet auquel toute l'assemblée répondit dévote­ment. Quelle scène sublime dans sa simplicité ! Au premier plan, sur le seuil de la grange, étaient les enfants, les mains jointes, les yeux tout grands ouverts, et recevant en plein cœur la mystérieuse lumière qui jaillissait de l'apparition et que réverbéraient leurs naïves figures. Sur le second plan, dans l'intérieur de la grange ouverte, était le groupe des hommes, des femmes et des religieuses, et au milieu de ce groupe le vénérable pasteur de Pontmain prosterné jusqu'à terre. Et plus loin, dans la pénombre, les bestiaux de Barbedette ruminant en silence. Ne se croyait-on pas transporté à cette nuit mémorable où les bergers de la Galilée, avertis par des anges environnés d'une lumière divine, vinrent adorer Jésus dans l'étable de Bethléem ! Alors, comme si elle subissait la force dilatrice de la prière, la belle Dame grandit et s'éleva plus haut dans le ciel. A mesure qu'elle s'élevait, les étoiles d'abord s'éloignaient avec respect, puis s'inclinaient lentement dans la voûte azurée, et venaient deux par deux se fixer sous ses pieds. Les enfants en comptèrent quarante. En même temps, leurs yeux furent presque éblouis à la vue des étoiles étincelantes qui fourmillèrent, en cet instant, sur la tunique bleue de la sainte Vierge. A ce récit des enfants, sœur Marie-Edouard entonna le Magnificat, cet admirable cantique sorti du cœur et des lèvres mêmes de Marie, et qui était mer­veilleusement approprié à la circonstance. Les assistants allaient répondre par le second verset, lorsque les enfants les arrêtèrent par l'annonce d'un nouveau prodige. Un grand écriteau, blanc comme la neige qui couvrait la terre, s'était déployé sous les pieds de Marie, et sur cet écriteau apparurent suc­cessivement de grandes et belles lettres d'or, que les enfants nommèrent et ensuite épelèrent d'une commune voix. La simultanéité dont ces petits enfants faisaient preuve, leur spontanéité, leur accent plein de vivacité et d'animation, ne laissaient pas de place au plus léger doute. On était visiblement en présence d'un fait miraculeux. Le premier mot tracé sur la page blanche et épelé par les enfants fut celui-ci : Mais. Cette étrange conjonction, ce mais conditionnel brilla seul pendant quelques minutes. Vinrent ensuite les mots que voici : Priez, mes enfants. Dans l'intervalle que mettait chaque mot à paraître, l'assistance continuait le chant du Magnificat. Les enfants remarquèrent alors que les yeux de la Dame redevenaient tendrement souriants. Sur la demande du bon curé, sur celle des assistants, les voyants épelèrent les lettres et assemblèrent les mots à plusieurs reprises, et cela toujours couramment, sans hésitation, et sans qu'aucun d'eux fit la plus légère faute.

Le vénérable abbé Guérin ordonna de continuer les chants sacrés par les litanies de la sainte Vierge ; mais sœur Marie-Edouard avait à peine achevé la première invocation, que les enfants, de plus en plus attentifs, s'écrièrent de nouveau : « Voilà encore quelque chose qui se fait ! Voilà encore des lettres ! » Et interrompant à intervalles inégaux le chant des litanies, ils nommèrent successivement et d'une voix commune, les lettres composant les mots suivants, tracés sur la même ligne que les précédents : Dieu vous exaucera en peu de temps. Un point lumineux et de même grandeur que les lettres termina la phrase. Les enfants le comparèrent à un soleil.

Un soleil ponctuant la parole divine ! Quelle image ! Les prophètes n'en eussent pas trouvé de plus satisfaisante ni de plus grandiose. Cette image ne serait-elle point aussi un symbole, le sym­bole de la parole de Dieu éclairant l'univers, le symbole du second Fiat lux prononcé par Jésus-Christ dans les plaines et sur les montagnes de la Judée ? Un nouveau sourire de Marie, un sourire encore plus doux, plus céleste, plus divin que les précédents, accompagna et éclaira cette promesse. Il y avait tant de charme, tant d'attrait, tant d'abandon, tant d'amour maternel dans ce sourire, que les cœurs émus des enfants y répondirent par un autre sourire. Sourire de Marie descendant sur la terre, sourire des enfants de Pontmain montant dans les cieux, que ne vous ai-je vu de mes yeux, au moment de votre ineffable embrassement dans le cœur de Jésus ! Pendant que l'assistance chan­tait l’lnviolata et le Salve Regina, la main mystérieuse traça lentement d'autres lettres sur l'écriteau, mais sous les précédentes. Ces lettres prononcées et épelées par les enfants à mesure qu'elles appa­raissaient, donnèrent la phrase suivante :

Mon Fils se laisse toucher.

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Published by Sur les Pas des Saintes - dans Notre Dame de Pontmain
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