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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 21:59

Sur l'ordre du père Barbedette, les enfants étaient rentrés à la grange, et Jeannette, à laquelle il avait recommandé le silence, s'était retirée. On se remit à broyer les ajoncs avec recueillement, le père Barbedette en songeant, et les enfants en regardant du côté de la porte.

Quelques minutes s'étaient à peine écoulées que le père Barbedette, mû par une secrète inspiration, commanda a Eugène d'aller voir si la belle Dame était encore au-dessus de la maison Guidecoq. Sur la réponse joyeusement affirmative de son enfant, il envoya celui-ci chercher sa mère. Mais la mère, sur les instances réitérées de ses deux garçons, eut beau regarder, elle ne fut pas plus favorisée que son mari et que Jeannette. Cependant les enfants, de plus en plus ravis et émerveillés, ne cessaient de s'écrier en battant des mains :

 « Oh ! que c'est beau ! Oh ! que c'est beau ! »

La vérité a une
puissance et une lumière qui s'imposent, surtout quand elle a pour organe l'innocence. Le père et
la mère Barbedette le sentirent bien dans cette circonstance. Leur émotion disait assez haut que
leurs doutes s'évanouissaient peu à peu en présence de ces affirmations naïves de leurs chers en­fants. Cette belle Dame ne peut être que la sainte Vierge, dit la mère. Et sur un signe de celle-ci, tous se mirent à genoux à la porte de la grange, et récitèrent cinq Pater et cinq Ave en l'honneur de Marie. Après quoi les enfants, placés de nouveau en présence de la vision, recommencèrent à pousser des cris d'admiration plus forts encore que les précédents. Et Victoire leur mère, qui même avec ses excellentes lunettes n'avait rien pu découvrir, dut, pour la première fois peut-être, employer son autorité afin d'arracher ses fils à leur contemplation, et de les emmener à la maison.
Leur repas fut court. Ils mangèrent leur soupe debout, tant ils étaient impatients d'aller voir si
on voyait encore.
A six heures et quart environ, ils étaient tous les deux à leur première place
devant la grange. L'apparition brillait toujours dans le beu du ciel. Après avoir récité de nouveau
cinq Pater et cinq Ave, suivant le commandement que leur en avait donné leur mère, ils ren­trèrent à la maison et dirent à leurs parents que rien n'était changé, et que la Dame était grande
comme sœur Vitaline. Au nom de sœur Vitaline il vint une inspiration à Victoire Barbedette, ce fut
d'aller avertir les sœurs de ce qui se passait.           

La première des religieuses qu'elle rencontra fut sœur Vitaline. Instruite de l'évènement, celle-ci interrompit la lecture de son office, se rendit devant la grange, et après avoir regardé dans la partie du ciel indiquée, déclara qu'elle n'y voyait pas la belle Dame. Les enfants, surpris et cha­grinés de cette déclaration, insistèrent plus vivement que jamais. Ils ne s'expliquaient pas que la bonne sœur Vitaline ne distinguât rien de ce qu'ils voyaient si clairement. Mais ils eurent beau faire, beau insister, beau dépeindre l'apparition, sœur Vitaline répondit à tontes les questions qu'elle ne voyait absolument rien.

Après quoi elle s'en alla, reconduite par Victoire Barbedette. Trois petites filles étaient encore à l'école. La bonne sœur, à qui les choses de Dieu étaient connues, eut une heureuse inspiration. Elle appela les trois petites filles, et sans leur rien dire de la vision des enfants de Barbedette, elle les conduisit devant la grange. Une autre religieuse, sœur Marie-Edouard, ainsi que Victoire, les accom­pagnèrent. Les petites filles ne furent pas plus tôt arrivées devant la porte de la grange que deux d'entre elles s'écrièrent : « Nous voyons une belle grande Dame ». Et elles dépeignirent l'apparition dans les mêmes termes que les enfants de Barbedette. Frappées de ce concert, les religieuses prévinrent le curé. Le vénérable pasteur, en apprenant cette nouvelle, fut frappé d'une terreur religieuse et ému jusqu'aux larmes. Ame naïve, innocente, humble et pure, la pensée d'une manifestation divine le jeta dans un saint effroi, adouci pourtant par un profond sentiment de reconnaissance. Quelque temps immobile sous le poids de l'émotion qui l'accablait, le vieux serviteur de Jésus-Christ finit cependant par recueillir ses forces et se diriger vers la maison de Barbedette. Il y arriva avec beau­coup d'autres personnes de sa paroisse, car déjà le bruit du merveilleux évènement faisait le tour du hameau. Mais ni le vénérable pasteur, ni les religieuses, ni aucune des grandes personnes pré­sentes ne voyaient rien, les enfants seuls voyaient de suite la belle Dame. Un d'entre eux, Eugène Friseau, âgé de six ans, déclara voir tout ce que les petits garçons et les petites filles dont nous avons parlé ne se lassaient pas d'admirer. Une autre, une toute petite fillette, qui était dans sa troi­sième année et que sa mère tenait dans ses bras, entra dans une charmante ivresse à la vue de la belle Dame qu'elle appelait le Jésus, en souvenir du beau portrait que sa mère lui avait fait du divin Enfant, Elle ne pouvait en détacher ses regards, et en signe de joie et de bonheur, elle battait ses petites mains roses, comme l'oiselet fait de ses ailes à l'approche de sa mère. Ensuite les enfants virent un cercle ovale d'un bleu foncé se dessiner autour de l'apparition. Quatre cierges, deux de chaque côté, étaient fixés à l'intérieur du cercle bleu. Ils virent aussi apparaître une croix rouge sur la poitrine de la Dame. A toutes ces marques, à tous ces caractères décrits d'une manière toujours concordante et toujours invariable par les enfants, le vénérable pasteur de Pontmain connut que la belle Dame n'était autre que la sainte Vierge.

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Published by Sur les Pas des Saintes - dans Notre Dame de Pontmain
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