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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 22:02

NOTRE-DAME DE PONTMAIN (1871).

 

C’était le 17 janvier 1871 ! La France était bien malheureuse ; son impiété, ses infidélités, ses crimes avaient irrité la colère de Dieu. Tous les maux s'étaient déchaînés sur nous. Les hordes prussiennes, pleines de haine et de cupidité, ravageaient un grand nombre de nos contrées. De Strasbourg à Paris, nos murailles s'écroulaient sous le choc de leurs bombes rugissantes comme un troupeau de bêtes fauves. Malheur aux paysans qui se levaient pour défendre la patrie ! Ils voyaient aussitôt leurs maisons incendiées, et leurs femmes et leurs pauvres enfants jetés dans le brasier. Et si les ministres de Jésus-Christ, émus jusqu'au fond de leurs entrailles paternelles, osaient pousser un cri de miséricorde et de pitié, ils ne tardaient pas à subir le sort de leurs infortunés paroissiens. Le froid, un froid terrible, la faim s'unissaient aux Prussiens et concouraient à leur œuvre dévastatrice. La mort et le deuil étaient partout. Puis de temps en temps, du sein de plusieurs grandes villes, de Paris en particulier, des voix sinistres pleines de haine et chargées de blasphèmes, pro­féraient des menaces terribles contre la société tout entière. Ces voix infernales demandaient la mort des prêtres et le pillage des riches. Des hommes sur le visage desquels les plus hideuses passions et les plus abjects appétits avaient laissé leurs honteux stigmates, traversaient nos cités, et la menace à la bouche, et le revolver au point, guettaient l'heure où ils pourraient se ruer sur la France surprise, et achever par l'assassinat et le pillage l'ouvrage des Prussiens, leurs pères intel­lectuels, et peut-être aussi leurs complices. Mais derrière ce lugubre tableau, s'en présentait un autre que les grands politiques et les prétendus savants ne voyaient pas. Il était formé de tontes les âmes pures et simples, de tous les cœurs droits, de toutes les consciences sans tâche. De ce petit groupe, caché dans les sanctuaires et dans les foyers de nos hameaux, s'élevaient sans cesse des prières attendries vers Dieu, vers Notre-Seigneur, vers la sainte Vierge. Et la sainte Vierge, qui connaît tout le prix et toute la force de l'humilité, puisque c'est à l'humilité surtout qu'elle doit d'être la mère de Dieu, la sainte Vierge, dis-je, doucement sollicitée par ces prières des humbles et des petits, ne tarda pas à se rendre visible aux plus humbles et aux plus petits d'entre les servi­teurs de son Fils, et à leur annoncer l'aube de la délivrance. Cette apparition de la sainte Vierge a eu lieu à Pontmain, à la date que nous avons inscrite en tête de notre récit, c'est-à-dire le 17 janvier 1871.

Pontmain est un petit village de la Mayenne, diocèse de Laval, à six kilomètres du bourg de Landivy. Il compte cinq cents habitants. Comme tous les villages bretons, il a encore cette physio­nomie biblique et chrétienne, qui contraste si heureusement avec nos hameaux, tels que l'esprit moderne les a faits, ou plutôt défaits. Ici dans cet humble coin de terre perdu dans l'immensité, chaque famille s'agenouille pieusement matin et soir et adresse à Dieu ses innocentes prières. Le père, d'une voix grave, la tête découverte, dit le Notre Père, la mère et les enfants les plus grands continuent par l'Ave Maria, que tous les petits essaient de répéter avec d'adorables balbutiements. Et Dieu qui s'éloigne des cités qui, dans leur orgueil, croient diriger le monde, descend vers ces saintes âmes, les embrase pour ainsi dire, et de ce mystérieux embrasement naît la conservation du genre humain. Le dimanche tout travail cesse. Ce jour est vraiment ici le jour du Seigneur. Parmi les familles qui composent la paroisse de Pontmain, il en estime qui se fait remarquer, entre toutes les autres, par sa piété et l'honneur de sa vie. C'est la famille Barbedette. Les époux Barbedette ont trois enfants, trois garçons. Au moment de l'évènement miraculeux que nous allons raconter, l'aîné était à l'armée en qualité de mobile. Le cadet, appelé Eugène, a douze ans, et Joseph le plus jeune en a dix. La vie de ces enfants se passe à la maison paternelle, où ils s'occupent du soin des bestiaux, à l'école qui se trouve à quelque distance de leur demeure, et à l'église où ils servent tous les jours la messe, et où ils manquent rarement de faire le chemin de la croix, surtout depuis que leur aîné est à l'armée. Eugène et Joseph passèrent la journée du 17 janvier comme les jours précédents. Après la prière du matin, ils récitèrent le chapelet au coin de la vaste cheminée de la maison paternelle, se rendirent à l'église où ils firent le chemin de la croix en attendant la messe, et de là à l'école où ils restèrent jusqu'à cinq heures et demie. A cinq heures et demie ils rejoigni­rent leur père qui pilait des ajoncs dans la grange contiguë à la maison. Ils l'aidèrent dans ce travail, éclairés par une chandelle de résine, jusqu'au moment où une femme nommée Jeannette Détais, l'ensevelisseuse de Pontmain, entra par la petite porte de la grange, et se mit à causer avec le père de Barbedette.

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Published by Sur les Pas des Saintes - dans Notre Dame de Pontmain
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