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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 22:02

Orthographe

On peut considérer que l’exactitude de l’orthographe des phrases inscrites sur la banderole donne à cet événement une preuve difficilement réfutable de son authenticité. De toute façon, si les enfants avaient menti, pourquoi quatre d’entre eux seraient-ils entrés dans les ordres ? Et pour quelles raisons obscures auraient-ils poussé la tromperie aussi loin ? Par ailleurs, personne n’aurait songé à inciter les enfants à dire une phrase commençant par “Mais”.

Ces enfants s’exprimaient d’ordinaire en patois, le français étant pour eux une seconde langue. Ces trois phrases n’étaient pas simples pour de jeunes enfants d’instruction modeste : au moment des faits, la France étant au début de l’alphabétisation, ils venaient tout juste de finir leur apprentissage sommaire de la lecture et de l’écriture.

Ces phrases comportaient en effet :

— une conjonction et un pronom de prononciation comparable : mais, mes

— un impératif : priez

— un infinitif : toucher (on sait que les infinitifs sont particulièrement propices aux fautes).

— Elles contenaient un verbe particulièrement difficile : exaucera.

“Mais”

La conjonction adversative mais introduit dans un texte une opposition, éventuellement une restriction à ce qui a été dit. Ses synonymes sont : cependant, par contre, pourtant, toutefois, etc. Une phrase qui respecte la logique du français ne peut donc pas commencer par “mais” (1).

Cela est si vrai que les sœurs sont persuadées que les enfants se trompent en épelant.

Cela devient plus compréhensible si l’on suppose que le Vierge a écrit: “Mais priez mes enfants !”, comme on dit : “Mais, ne faites donc pas tant de bruit les enfants !”, ou : “Mais, travaillez donc, les enfants !”. Il n’est pas inutile de préciser que cette dernière phrase était assez souvent prononcée par une des sœurs chargée d’apprendre le français aux petits voyants. Ce mot leur était de toute façon familier puisqu’ils entendaient souvent des phrases du genre : “Mais, vas tu donc te taire ! ”

On peut donc considérer que l’effet recherché était : “Mais priez donc, les enfants !”. C’est en tout cas ce que dans leur mentalité simple ces enfants ont compris.

 

(1) Sauf bien sûr dans le nouveau roman et dans les formes littéraires qui lui ont succédé. Mais le nouveau roman ne verra le jour que soixante dix ans après cet événement.

 

A Pontmain les détails à fort caractère d’étrangeté que l’on remarque dans le déroulement de tous les événements comparables ne sont donc pas d’ordre testimonial puisque les mots rapportés par les enfants l’ont été avec une précision parfaite (1).

Le 18 décembre 1920, soit 49 ans après l’apparition, la voyante Jeanne-Marie Lebossé — devenue sœur Saint-André à Bordeaux en 1880— se rétracta officiellement et déclara n’avoir rien vu dans le ciel de Pontmain.

On peut voir dans ce reniement l’opportunité de douter de l’authenticité des témoignages de 1871. Mais cette rétractation n’est pas aussi simple qu’elle le paraît si l’on se donne la peine de relire les comptes-rendus des premières enquêtes. Etre témoin d’une apparition de type religieux peut se révéler particulièrement déstabilisant (2). Hormis quelques évolutions psychologiques conflictuelles qu’il serait trop long d’aborder ici, il semble que lors de ces événements très insolites se manifeste souvent (toujours ?) un élément perturbateur comparable à celui qui fait se désigner comme coupables des personnes mêlées aux affaires de hantise. Bernadette Soubirous eut à la fin de sa vie des doutes sur la réalité de ses visions, tout comme Thérèse de l’Enfant Jésus. A Garabandal, la Vierge avait plusieurs fois annoncé aux petites voyantes qu’elles se contrediraient et nieraient même l’avoir vue.

Cet élément perturbateur n’agit pas seulement par le doute. A Lourdes, au moment où Bernadette Soubirous vivait ses extraordinaires visions, une épidémie d’apparitions — certaines d’entre elles très bizarres— toucha une cinquantaine de jeunes filles et d’enfants des environs.

Pas un miracle, pas un prodige qui ne comporte ses failles ou ses bizarreries. Le ciel est-il faillible ou bien ces éléments baroques sont-ils sciemment organisés pour que nous soyons libres de croire ou de douter ? En ufologie aussi, comme dans pratiquement toutes les manifestations paranormales, des absurdités semblent élaborées pour nous laisser libres de croire ou ne pas croire à la réalité des phénomènes auxquels nous sommes confrontés.

 

(1) si précise que dès les premiers jours des mesures furent prises pour se prémunir de toute dérive rédactionnelle. Si le lendemain de l’événement la première communication écrite fut imparfaite (un mot inexact et trois ponctuations excédentaires), un jour plus tard ces imperfections disparaissaient dans la deuxième transcription (sœur Marie Timothée). Le 24 janvier, l’abbé Guérin recommandait dans une lettre de “n’ajouter rien, ni virgule, ni point”.

En fait, malgré les précautions de leurs auteurs, ces deux lettres comportent elles aussi un point de trop à la fin de la description de la banderole ; mais on peut comprendre que sœur Marie Timothée et l’abbé Guérin n’aient pu éviter le réflexe poussant tout scripteur à placer un point final à la fin d’une phrase

(2) il s’agit probablement de la chose la plus bouleversante qui puisse arriver à un être humain

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Published by Sur les Pas des Saintes - dans Notre Dame de Pontmain
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