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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 22:03

Perception

Je crois bon de raconter brièvement ici un événement, il est vrai sans grande importance, vécu il y a quelques années alors que j’étais en vacances à LLança, petite ville tranquille de la Catalogne espagnole, située au bord de la Méditerranée.

J’ai depuis longtemps l’habitude d’emporter du travail lorsque je voyage. Vers le milieu du mois d’août, n’ayant pas trouvé le sommeil à quatre heures du matin, je prends la décision d’écrire quelques lignes. La maison, orientée plein Est, domine une colline qui tombe doucement dans la mer. On entend le tam-tam d’un bateau poseur de câbles qui fend l’eau vers le large. Puis le silence s’installe ; bientôt ce sera le matin.

A cinq heures, sous l’effet de la fatigue, je quitte mon cahier des yeux : une sphère orange brille au milieu de la baie vitrée qui est grande ouverte. Se détachant dans un ciel où poudroient des restes de nuit, cette boule parfaite est d’une saisissante beauté. Je suis un instant abasourdi par cette chose incompréhensible et superbe qui semble porteuse de sens. Mais tout à coup je prends conscience que ce que je contemple n’est autre que le soleil, levé à mon insu alors que j’écrivais. Une brume épaisse, protégeant mes yeux de l’éblouissement, en a masqué un instant la véritable nature.

Le premier matin vécu dans une maison inconnue explique cette brève méprise mais aussi complique les choses. La simple beauté d’un objet —céleste ou non, naturel ou non— peut-elle déclencher en nous un sentiment d’étrangeté ? Sommes-nous à ce point aptes à la confusion ? La réponse est probablement oui. Il suffit de s’intéresser un tant soit peu aux illusions d’optique pour s’en convaincre. Heureusement, cette stupeur n’a en réalité duré que deux secondes. Plus longue, elle aurait fragilisé mes certitudes. Rassuré, je me suis laissé aller à cette mélancolique rêverie : les Mayas et les anciens Egyptiens s’étonnaient-ils chaque matin de la splendeur du monde ?

A Pontmain une chose peut être considérée comme certaine : bien que muet, le spectacle auquel assistèrent les enfants fut d’une bouleversante beauté (1) .

La distance de la grange à la scène aérienne est malaisée à estimer d’après leur témoignage. Nous pouvons toutefois être certains qu’elle n’était pas inférieure à soixante-dix mètres (elle a été exagérément estimée à une centaine de mètres par plusieurs enquêteurs).

Cette distance minimum de soixante-dix mètres est importante. En effet, on peut s’étonner que les nuances des sourires de la Vierge aient pu être perçus à cette distance. Mais il y a plus troublant encore puisque les étoiles qui parsemaient la robe ont été précisément décrites comme comportant cinq pointes. La perception des enfants était si précise qu’ils ont pu distinguer les dents de la Dame céleste et jusqu’aux plus petits plis de son voile noir (en l’absence d’éclairage rasant, le noir s’oppose à la perception des petits détails) (2). Il est évident qu’il s’agissait d’une perception très particulière. Nous trouvons l’écho de cette perception anormale dans ce passage d’une lettre écrite par Joseph Bardebette le 11 février 1911, soit quarante ans après l’événement :

“Il me semble que ce soit produit chez moi, à ce moment, comme un phénomène d’adaptation de ma vue ; je percevais non seulement tous les détails de ses traits mais ses moindres jeux de physionomie, les nuances de son sourire”.

Il s’est passé en fait relativement peu de choses pendant les deux heures que dura l’apparition. Le fait que cette longue période de temps semble avoir été vécue au temps présent constitue un autre fort indice d’authenticité. Autre élément tout aussi insolite : alors que c’est le plein hiver les enfants n’ont pas souffert du froid pendant les deux heures passées dehors.

Nous pouvons estimer qu’une scène particulièrement naïve fut donnée à voir ce jour-là dans le ciel de Pontmain. Mais nous pouvons tout aussi bien considérer que cette forme de théâtralisation était bien adaptée à l’imagination des enfants autant qu’à l’époque (les bougies étaient alors d’un emploi quotidien). Survenue bien avant l’invention du cinéma, cette apparition aurait été de toute façon ressentie comme féerique même si elle ne s’était pas déroulée sous l’effet d’états différés de conscience.

(1) Cette impression de beauté du visage de la Vierge ainsi que la chronologie des diverses phases de l’apparition n’ont pas disparu avec le temps, même au bout de plusieurs décennies.

(2) Les tests que j’ai effectués en ce sens ont montré que dans des conditions normales d’observation la perception de ces détails est impossible à une telle distance quel que soit le type d’éclairage adopté (plein soleil ou projecteurs de prise de vue en nocturne)

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Published by Sur les Pas des Saintes - dans Notre Dame de Pontmain
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commentaires

C.Colera 12/12/2015 19:21

Non, ce n'est pas une illusion à laquelle les enfants de Pontmain ont assisté.

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