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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 22:18

VII. Pentecôte

1. En Eglise avec Marie. « Les actions liturgiques ne sont pas des actions privées, mais des célébrations de l’Eglise, qui est « le sacrement de l’unité », c’est à dire le peuple saint réuni et organisé sous l’autorité des évêques ». Voilà ce que nous enseigne Sacrosanctum concilium au n° 26. C’est l’image que nous livre l’Evangile au jour de la Pentecôte. Les disciples assidus à la prière avec Marie, la Mère de Jésus. Marie modèle du disciple qui est unie à l’Eglise. Mon attention est attirée par le mot assidu. Ce mot rejoint peut-être la recommandation de Sainte Jeanne qui désire que ses filles acquièrent la « science des sciences : savoir louer Dieu. » (S.M. 92). Les disciples aux premiers jours n’ont eu de cesse de méditer, d’approfondir la parole du Seigneur et de la célébrer dignement, il suffit de se reporter aux lettres de Saint Paul pour s’en convaincre. Dans la fidélité à cet enseignement, Sainte Jeanne réclame que l’on mette le plus grand soin à préparer les célébrations, à apprendre l’art du chant, elle ne supportait en cette matière aucune négligence. Il ne faut pas craindre d’investir du temps, de l’énergie et des compétences en ces matières. Mais me direz-vous, comment voulez-vous faire quand nous sommes peu nombreuses et avons peu de moyen. Je répondrai ceci : La qualité ne rime pas avec complexité, une musique de qualité n’est pas une musique difficile à exécuter, ce n’est pas non plus une  musique facile ou quelconque. En liturgie la musique et le chant sont toujours au service du texte ou du rite qu’ils accompagnent ; si ce n’est pas le cas, il vaut mieux les éviter. Ainsi, si l’on a peu de moyens, on doit pouvoir s’adapter à l’assemblée qui célèbre sans sacrifier la justesse des rites, l’harmonie, en un mot la beauté. Tout ce qui touche au culte divin demande d’être authentique vrai et beau. Dans la vie de la Vierge Marie, tout est juste c’est-à -dire ajusté en toute chose, ni trop, ni trop peu, simple mais tourné intérieurement vers l’invisible.

 

VIII. Assomption

1. La prière liturgique : ouverture sur l’eschatologie, l’invisible et l’éternel. La Vierge Marie dans la plénitude de son être rejoint son Fils au jour de son Assomption. Elle nous précède et nous annonce ce qui est notre devenir, elle soutient notre espérance. Je reprends le n° 8 de Sacrosanctum concilium : « Dans la liturgie terrestre nous participons par un avant-goût à cette liturgie céleste qui se célèbre dans la sainte cité de Jérusalem à laquelle nous tendons comme des voyageurs, où le Christ siège à la droite de Dieu, comme ministre du sanctuaire et du vrai tabernacle. Avec toute l’armée de la milice céleste, nous chantons au Seigneur l’hymne de gloire ; en vénérant la mémoire des saints, nous espérons partager leur société ; nous attendons comme Sauveur notre Seigneur Jésus-Christ, jusqu’à ce que lui-même se manifeste, lui qui est notre vie, et alors nous serons manifestés avec lui dans la gloire. » La liturgie nous maintient dans cette vision d’espérance qui est notre vocation : la contemplation éternelle de Dieu et sa louange. Je crois qu’il ne faut pas avoir peur de l’exprimer, de la célébrer, et de maintenir dans nos célébrations cette dimension verticale, cette ouverture sur l’invisible ; invisible mais réel.

 

2. Les promesses sont accomplies. Ainsi, par la liturgie, nous affirmons que les promesses du Seigneur sont déjà accomplies. Le Christ est présent dans toutes les actions liturgiques de son Eglise. « Par suite, toute célébration liturgique, en tant qu’œuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l’Eglise, est l’action sacrée par excellence dont nulle autre action de l’Eglise ne peut atteindre efficacité au même titre et au même degré. » n° 7. L’humanité est réintégrée dans sa condition première et, mieux, elle est sauvée, rachetée et unie au Christ comme son Epouse bien-aimée.

 

IX. Conclusion

1.  Ce que notre Mère Sainte Jeanne nous demande, en ce qui concerne la Louange divine, est-il prophétique ? Il est troublant de constater combien la pensée de Sainte Jeanne est en accord avec le concile Vatican II sur cette question de la louange divine. Pouvons-nous dire alors que Sainte Jeanne a eu une intuition prophétique ? Prophétique, certes, car elle annonce ce renouveau liturgique de l’Eglise concrétisé par le concile ; cependant, Sainte Jeanne ne se démarque pas des grands réformateurs d’ordre de son temps, au contraire elle s’y inscrit totalement évitant cependant les excès et les exagérations toujours possible dans ce genre de démarches. On voit donc fleurir au XVe et XVIe siècle un souci de célébrer les offices avec ponctualité mais ils exigent des religieux une plus grande intelligibilité du rituel liturgique. Certains réformateurs n’ont pas hésité à alléger l’office pour permettre aux moines de tirer meilleur profit, évitant les surcharges qui entravent la dévotion. Le peuple retrouve le goût d’assister à ces célébrations qui l’excite à la dévotion. Nous retrouvons, là, les instructions de Sainte Jeanne défendant à ses filles de chanter plus d’une messe par jour et de chanter l’office avec tant de ferveur et d’application afin que le peuple soit porté à dévotion.

 

2.   Rôle du Père Gabriel Maria. Il est sûr que Sainte Jeanne a été, en cette œuvre, grandement aidé par le Père Gabriel- Maria, très au fait des usages liturgiques et de la réforme de son ordre. De plus, il faut constater qu’à cette époque Rome est très influencée par l’Ordre de Saint-François jusqu’à en adopter le Missel et le bréviaire. Il en va de même pour le culte eucharistique est la dévotion à la Passion du Christ ou au Saint Nom de Jésus. La plupart des offices accordés à l’ordre séraphique sont rapidement étendus à l’Eglise universelle.

 

3. Actualité de la pensée de Sainte Jeanne. En conclusion. On est frappé par la modernité de l’intuition de Sainte Jeanne et en ce qui concerne la liturgie et la louange divine Elle nous introduit au cœur et à l’intelligence de cette mission sacrée. Alors me direz-vous : Sainte Jeanne s’adresse à des moniales, qu’en est-il de nos vies d’Annonciades Apostoliques ? Sur le fond, je ne pense pas qu’il y ait de différence, sauf en la forme sans aucun doute. Mais Sainte Jeanne décrivait la Louange divine comme le premier apostolat de ses Annonciades. Et votre Apostolat est avant tout Louange divine. Je reprends un passage de Sacrosanctum concilium au n° 10 : « La liturgie est le sommet auquel tend l’action de l’Eglise, et en même temps la source d’où découle toute sa vertu. Car les labeurs apostoliques visent à ce que tous, devenus enfants de Dieu par la foi et le baptême, se rassemblent, louent Dieu au milieu de l’Eglise, participent au sacrifice et mangent la Cène du Seigneur. En revanche, la liturgie elle-même pousse les fidèles rassasiés des mystères de la Pâque à n’avoir plus qu ‘un seul cœur dans la piété ; elle prie pour qu’ils gardent dans leur vie ce qu’ils ont saisi par la foi ; et le renouvellement dans l’Eucharistie de l’Alliance du Seigneur avec les hommes attire et enflamme les fidèles à la charité pressante du Christ. C’est donc de la liturgie, et principalement de l’Eucharistie, comme d’une source, que la grâce découle en nous et qu’on obtient avec le maximum d’efficacité cette sanctification des hommes dans le Christ, et cette glorification de Dieu, que recherchent, comme leur fin, toutes les autres œuvres de l’Eglise. » Pourquoi donc Sainte Jeanne attachait-elle tant d’importance à la vie liturgique des ses Annonciades ? : ces quelques réflexions pourront peut-être nous éclairer . Peut-être aussi parce que la vie de la Vierge Marie n’a été qu’une grande liturgie, un espace entièrement consacré à célébrer les dons de Dieu, son amour, sa grandeur, sa tendresse. Marie n’a jamais détourné une parcelle de son existence pour son intérêt propre. Sa vie aussi simple et ordinaire, est une intense Liturgie, toute habitée de la présence de son Dieu. Et Marie, elle, est Louange.

 

Monastère de l’Annonciade Thiais, 25-28 juillet 2005

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Published by Sur les Pas des Saintes - dans Sainte Jeanne de France
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