Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 22:36

Jésus-Christ profita de cela pour lui apprendre à souffrir et lui faire estimer les souffrances, et elle se prit à souhaiter que ses peines n'eussent pas de fin. Elle souffrit dès lors sans se plaindre et sans murmurer, regar­dant les injures dont elle était l'objet comme le juste salaire de ses péchés. Si elle pardonnait généreusement ce qu'on lui faisait supporter, elle eut plus de peine à pardonner les injures et les mauvais traitements dont sa mère était l'objet ; mais la grâce du bon Maître aidant, elle parvint à com­primer les révoltes de son cœur. Au milieu de ses épreuves, elle sentit renaître son amour pour l'oraison. Elle ne la connaissait que de nom, mais Jésus-Christ devint son maître, et dans cet exercice elle puisait un désir insatiable de la communion et des souffrances. Mais ses épreuves allaient bientôt cesser pour faire place à d'autres d'une nature plus délicate.

 

Le moment était venu où ceux qui disposaient d'elle songèrent à l'éta­blir dans le monde. S'il n'eût été question que d'elle, elle eût déclaré sa volonté inébranlable de ne jamais se marier, mais elle avait peur pour sa mère et elle crut devoir prendre des ménagements qui faillirent lui devenir funestes. La conduite que l'on avait tenue jusque-là à son égard change, il faut qu'elle se pare, se produise dans le monde et subisse les visites. Plu­sieurs partis se présentèrent : elle les refusa; mais elle vit pleurer sa mère qui n'avait d'autre espoir qu'en elle et désirait son établissement pour échapper à la servitude. Marguerite-Marie, tourmentée par son vœu de chasteté, finit par se persuader qua ce vœu fait dans un âge où elle ne savait rien, ne l'obligeait pas, et elle se résolut à suivre la voie facile que l'on couvrait de fleurs sous ses pas. Entendons-la décrire elle-même les agitations de son âme : «Je commençais à voir le monde et à me parer pour lui plaire, et je cherchais à me divertir autant que je le pouvais. Mais vous, ô mon Dieu, seul témoin de la grandeur et de la longueur de la peine que ce combat intérieur me faisait souffrir et à laquelle j'aurais mille fois succombé sans un secours extraordinaire de votre miséricorde, vous aviez bien d'autres desseins que ceux que je projetais dans mon cœur. Vous me fîtes connaître en cette rencontre, comme vous l'avez fait en plusieurs autres, qu'il m'était bien dur de regimber contre le puissant aiguillon de votre amour. Ma malice et mon infidélité me faisaient em­ployer toutes mes forces et toute mon industrie pour résister à son attrait et pour éteindre en moi tous ses mouvements. Mais c'était en vain ; car au milieu des compagnies et des divertissements, ce divin amour me lançait des flèches si ardentes qu'elles perçaient mon cœur de toutes parts et le consumaient. La douleur que je ressentais me rendait tout interdite, et cela ne suffisait pas encore pour détacher un cœur aussi ingrat que le mien ; je me sentais comme liée avec des cordes et tirée si fortement, qu'enfin j'étais contrainte de suivre celui qui m'appelait ; il me conduisait en quelque lieu retiré, où il me faisait de sévères réprimandes. Hélas ! il paraissait jaloux de mon misérable cœur».

 

Le soir, en revenant de ses vains plaisirs, et de ses amusements frivoles, elle pleurait. Notre-Seigneur se présentait à elle avec ses plaies sanglantes et lui reprochait ses vanités. Alors elle se flagellait, macérait son corps et n'en recommençait pas moins le lendemain sa vie mondaine. Ces luttes et ces combats durèrent trois ans. Continuellement poursuivie de la crainte des jugements de Dieu, elle n'avait ni paix, ni tranquillité, ni repos. Elle voulait devenir une sainte, elle cherchait une vie facile à imiter, mais ne trouvait personne qui se fût sanctifié autrement que par la croix. Le bon Maître, cherchant à la ramener complètement à lui, lui mit au cœur un ardent amour du prochain. Elle avait pour les pauvres une vive et tendre compassion, les soignait avec sollicitude et pansait les plaies des infirmes. Elle était émue de compassion pour les âmes, aussi l'hiver elle réunissait les enfants pour leur apprendre leur catéchisme et leurs prières. Elle s'as­treignait à une obéissance parfaite, ne faisant rien sans la permission des gens de la maison qui la traitaient durement et prenaient occasion de sa soumission pour se montrer plus impérieux et plus exigeants.

 

C'est par ces moyens que Notre-Seigneur reprenait peu à peu ses droits sur cette âme. Cependant sa mère luttait de son côté ; comme Marguerite-Marie avait 20 ans, elle ne cessait de représenter à sa fille qu'elle était dans l'âge où l'on doit s'établir. Elle la pressait et la sollicitait d'en finir. Les supplications d'une mère sont très-puissantes. Le démon, de son côté, la voyant faiblir, redoublait ses efforts. Cette dernière lutte fut terrible, mais Dieu, qui éprouve ses serviteurs sans les abandonner jamais, vint à son secours de la manière suivante. Laissons-la parler elle-même.

 

«Une fois, après la communion, Jésus-Christ me fit voir qu'il était le plus beau, le plus riche et le plus puissant, le plus accompli et le plus par­fait de tous les amants. Il me reprochait que lui étant promise depuis tant d'années je pensais cependant à rompre avec lui pour prendre un autre époux. Oh ! apprends, si tu me fais cette injure, que je t'abandonne pour jamais. Si, au contraire, tu m'es fidèle, je ne te quitterai point et je te rendrai victorieuse de tous tes ennemis. J'excuse ton ignorance, parce que tu ne me connais pas encore ; mais si tu veux me suivre, je t'enseignerai à me connaître et je me manifesterai à toi.

 

«En me disant cela, il imprimait le calme dans mon intérieur, de sorte que mon âme se trouva dans une très-grande paix. Je me déterminais à l'heure même de mourir plutôt que de changer. Il me semblait que mes liens étaient rompus et que je n'avais plus rien à craindre. Je me disais à moi-même que quand même la vie religieuse serait un purgatoire, il me serait plus doux de m'y purifier le reste de ma vie que de me voir précipitée dans l'enfer que j'avais tant de fois mérité par mes péchés et mes résistances continuelles.

 

«M'étant donc ainsi déterminée pour la vie religieuse, ce divin Epoux de mon âme, comme s'il avait craint que je ne lui échappasse encore, me demanda de consentir qu'il s'emparât et se rendît maître de ma liberté, parce que j'étais faible. Je donnai de bon cœur ce consentement, et dès lors il s'empara si fortement de ma liberté qu'il me semble n'en avoir plus eu de jouissance. Je renouvelai mon vœu, commençant à le comprendre, et je lui dis que, quand il devrait m'en coûter mille vies, je ne serais jamais autre que religieuse. Je m'en déclarai dès lors hautement et je priais qu'on congédiât tous ces partis, quelque avantageux qu'ils pussent être. Ma mère, voyant cela, ne pleurait plus en ma présence, mais elle pleurait con­tinuellement avec tous ceux qui lui en parlaient; ils ne manquaient pas de me venir dire que je serais la cause de sa mort, si je la quittais, et que j'en répondrais à Dieu, puisqu'elle n'avait personne que moi pour la servir et que je serais aussi bien religieuse après sa mort que pendant sa vie. Un de mes frères surtout, qui m'aimait beaucoup, fit tous ses efforts pour me dé­tourner de mon dessein, m'offrant une partie de son bien pour me mieux loger dans le monde, mais à tout cela mon cœur était devenu insensible comme un rocher».

 

Cette fois la victoire était gagnée. Tous les obstacles n'étaient pas encore vaincus, mais le plus difficile était fait et la paix était rentrée dans son âme. A peine cette lutte était-elle terminée qu'il s'en présenta une autre d'un genre différent. Un de ses oncles voulut la faire entrer chez les Ursulines. Marguerite-Marie sentait que Dieu la voulait ailleurs. Elle avait de l'attrait pour la Visitation, dont on ne lui parlait pas. Dieu vint à son se­cours. Elle était en ce moment à Mâcon où la chose allait se décider. Elle apprend tout à coup la maladie de sa mère et de son frère. Elle part en toute hâte, et à sa vue sa mère et son frère reviennent à la santé. Cette crainte de la mort de sa mère, si elle persistait à vouloir se séparer d'elle, était un nouvel obstacle à sa vocation. Cette fois encore le ciel lui vint en aide. Un religieux de Saint-François s'étant arrêté quelques jours à Verosvres, Marguerite-Marie lui découvrit son intérieur, et ce religieux vint trouver Chrysostome Alacoque pour lui déclarer qu'il répondrait devant Dieu de la vocation de sa sœur. Cette fois les difficultés disparurent, et il fut décidé que Marguerite-Marie serait fille de Sainte-Marie et qu'elle en­trerait à Paray-le-Monial, à l'extrémité du Charollais.

Partager cet article

Repost 0
Published by Sur les Pas des Saintes - dans Sainte Marguerite Marie Alacoque
commenter cet article

commentaires

Recherche