Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 22:32

LA B. MARGUERITE-MARIE ALACOQUE, RELIGIEUSE DE LA VISITATION, A PARAY-LE-MONIAL, AU DIOCÈSE D'AUTUN 1690. — Pape : Alexandre VIII. — Roi de France : Louis XIV.

 

Le sacré Coeur de Jésus est un abîme d'amour où il faut abîmer tout l'amour-propre qui est en nous, avec toutes ses mauvaises productions, qui sont les respects humains et les désirs de nous satisfaire.

Maxime de la Bienheureuse.

 

Marguerite-Marie Alacoque vint au monde le 22 juillet 1648, et fut baptisée dans la paroisse de Verosvres, petit village dépendant du Mâconais. Ses parents vivaient dans une condition aisée et servaient Dieu de tout leur cœur. Son père se nommait claude Alacoque, et sa mère Philiberte Lamyn. Ils eurent sept enfants, trois filles et quatre garçons. Deux garçons seulement avec Marie Alacoque parcoururent une assez longue carrière, les autres moururent jeunes. Son père, tout en faisant valoir son bien, exerçait la charge de notaire royal et avait, pour plusieurs seigneurs, l'administration de la justice seigneuriale. Aussitôt que Marguerite se con­nut, elle aima Dieu. Elle conçut dès lors du péché une telle horreur que pour arrêter les saillies et les vivacités de son enfance, il suffisait de lui dire qu'elles étaient des offenses à Dieu. Dieu s'était emparé dès lors com­plètement de son cœur ; et, un jour qu'elle assistait à la messe, entre les deux élévations, elle prononça ces paroles qu'elle ne comprenait pas, mais que depuis quelque temps déjà elle se sentait pressée de dire : «Mon Dieu, je vous consacre ma pureté, et je vous fais vœu de perpétuelle chasteté». Marguerite, doucement attirée vers Dieu, ne se sentait aucun attrait pour les choses de la vie. Elle n'avait qu'une passion : se retirer dans la soli­tude et encore souvent elle n'osait pas, dans la crainte de rencontrer des hommes.

 

La sainte Vierge veillait avec un soin particulier sur celle que son fils s'était choisi pour épouse. Dans sa naïve simplicité, Marguerite-Marie n'o­sant s'adresser au fils, avait recours à la mère, et chaque jour elle récitait en son honneur tout le Rosaire. Sa marraine, madame de Fautrières, voulut avoir sa filleule près d'elle, afin de lui apprendre ses prières et de l'ins­truire des vérités chrétiennes. Elle avait quatre ans quand elle fut remise aux mains de cette dame. Elle ne trouva pas les agréments de la maison paternelle, cependant ce séjour lui plut parce qu'il était tout proche de l'église, et chaque fois qu'on ne la voyait pas au château, on était sûr de la trouver aux pieds des autels où elle ne s'ennuyait jamais.

 

Marguerite-Marie avait huit ans quand elle perdit son père. Sa mère, comprenant qu'elle ne pourrait suffire à l'accomplissement de tous ses devoirs, mit sa fille en pension chez les Clarisses de Charolles. A dix ans elle fut admise à faire sa première communion, et dès lors on vit redou­bler son attrait pour la solitude et la prière. La maladie vint la visiter et commença à l'initier aux douleurs du calvaire. Durant quatre années elle languit sur un lit de douleurs, ayant presque complètement perdu l'usage de ses membres. Revenue à la maison paternelle, elle semblait réduite à la dernière extrémité ; l'art des médecins n'y pouvant rien, elle fit alors vœu à la sainte Vierge, si elle recouvrait la santé, d'être plus tard l'une de ses filles, et elle fut subitement guérie. A partir de ce moment la sainte Vierge sembla veiller sur elle avec plus de soin encore qu'auparavant ; elle lui apparaissait souvent, et la reprenait de ses moindres manque­ments.

 

Marguerite-Marie consacrait un temps considérable à l'oraison, et la prolongeait souvent fort avant dans la nuit. Les domestiques en avertirent sa mère qui, à son grand chagrin, la fit coucher avec elle. Elle se livrait aussi à de rudes mortifications qui lui causèrent des infirmités nombreuses. Ses jambes se couvrirent d'ulcères et il lui vint une grande douleur de côté. Ayant obtenu de se séparer de sa mère, elle se livra de nouveau à l'oraison et aggrava ses souffrances au point qu'il fallut voir les médecins. Leurs prescriptions furent suivies à la lettre sans procurer aucun soulagement. Alors Marguerite-Marie proposa à sa mère de faire ensemble une neuvaine pour obtenir sa guérison, et au bout de la neuvaine ses plaies se trouvèrent parfaitement fermées et toutes ses douleurs avaient disparu.

 

Marguerite-Marie avait une humeur vive et enjouée ; elle trouvait un grand charme aux amusements de son âge, et après sa guérison il lui arriva de se relâcher dans la pratique du bien et d'être trop sensible à la vanité et à l'affection des créatures. Dieu ne voulait pas de partage ; et pour détacher son cœur des plaisirs mondains, il lui envoya de nouvelles épreuves. Sa mère, incapable de surveiller l'exploitation de ses domaines, en confia la direction à des personnes qui la réduisirent bientôt, elle et ses enfants, à la plus dure servitude. «Nous n'avions plus», dit Marguerite-Marie dans ses mémoires, «aucun pouvoir dans la maison et nous n'osions rien faire sans permission. C'était une guerre continuelle, tout était fermé sous clef, de telle sorte que je ne trouvais pas même de quoi m'habiller pour aller à la sainte messe ; il me fallait emprunter coiffes et habits. J'avoue que je ressentis vivement cet esclavage. Ce fut pour lors que je commençais à sentir ma captivité dans laquelle je m'enfonçai si avant que je ne faisais rien et ne sortais pas sans l'assentiment de trois personnes. Ce fut dès lors que toutes mes affections se tournèrent à chercher mon plaisir et ma consolation dans le très-saint Sacrement. Mais me trouvant, dans ce village, éloignée de l'église, je n'y pouvais aller qu'avec l'agrément de ces trois personnes, et il arrivait que quand l'une agréait, l'autre ne vou­lait pas. Souvent, lorsque j'en témoignais ma peine par mes larmes, on me reprochait que c'était que j'avais donné rendez-vous à quelque jeune homme et que j'étais fâchée de ne pouvoir y aller, moi qui sentais dans mon cœur une si grande horreur de pareilles choses que j'aurais plutôt consenti à voir déchirer mon corps en mille pièces que d'en avoir seule­ment la pensée. Ne sachant donc où me réfugier, je me cachais en quelque coin de jardin, ou d'étable, ou en d'autres lieux où il me fût permis de me mettre à genoux et de répandre mon cœur par mes larmes devant mon Dieu. Je le faisais toujours par l'entremise de la très-sainte Vierge, ma bonne mère, en laquelle j'avais mis toute ma confiance. Je demeurais là des journées entières sans boire ni manger, et quelquefois les pauvres gens du village me donnaient par compassion un peu de lait ou de fruit sur le soir. Retournant ensuite au logis, c'était avec tant de crainte et de trem­blement, qu'il me semblait être une pauvre criminelle qui allait recevoir sa sentence de condamnation. Je me serais estimée plus heureuse d'aller mendier mon pain, plutôt que de me voir dans cette contrainte, car sou­vent je n'en osais prendre sur la table. Quand je rentrais, on me faisait de nouvelles querelles, de ce que je n'avais pas pris soin du ménage et des enfants de ces chères bienfaitrices de mon âme ; et sans qu'il me fût loi­sible de dire un seul mot, je me mettais à travailler avec les domestiques, après quoi je passais les nuits comme j'avais passé le jour, à verser des larmes aux pieds de mon crucifix».

Partager cet article

Repost 0
Published by Sur les Pas des Saintes - dans Sainte Marguerite Marie Alacoque
commenter cet article

commentaires

Recherche