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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 22:31

Ecouter la Parole

Nous voyons par là que la première attitude enseignée par Marie à Jeanne est celle de l’écoute attentive et amoureuse de la Parole de Dieu, prenant pour modèle l’attitude même de Marie qui gardait toutes choses dans son cœur (Lc 1.,19).  Pour le père Gabriel-Maria, Marie fut la première à l’écoute des vérités évangéliques, à l’écoute des Paroles de son Fils qu’elle gardait dans son cœur et accomplissait. (DC, 31). Nous savons, d’autre part, par la Chronique de l’Annonciade que, dès l’âge de cinq ans, la petite Jeanne savait écouter et garder dans son cœur non seulement la Parole de Dieu, mais aussi ces paroles intérieures venant de l’Esprit Saint, transmises par la Vierge dans le cœur de Jeanne, et capables d’orienter une vie. En prière dans l’oratoire de l’église de Lignières, la petite Jeanne, dans l’élan de son cœur, demande un jour à la Vierge de lui enseigner comment elle pourrait lui faire grand service et plaisir. Jeanne eut alors le sentiment que la Vierge Marie lui dit en son cœur : Avant ta mort tu fonderas une religion en mon honneur. Et, ce faisant, tu me feras un grand plaisir et tu me rendras service (Chr. 30). Comme Marie à l’Annonciation, Jeanne reçoit cette parole, ne sachant comment et quand pourra se réaliser cette mission confiée. Mais prenant pour modèle l’attitude de Marie qui garde la Parole dans son cœur, Jeanne garde, médite, écoute le Seigneur pendant de nombreuses années jusqu’à ce que cette parole, reçue en son cœur d’enfant, puisse par elle se réaliser et prendre forme. Elle garde tellement cela dans son cœur que depuis l’âge de cinq ans, elle eut toujours une grande et singulière dévotion de faire, un jour, édifier et construire une belle religion en l’honneur de la glorieuse Vierge Marie… (Chr. 30-31). L’écoute de la Parole suppose un certain silence. Comme Marie dont l’Evangile nous rapporte peu de paroles, Jeanne était très discrète sur sa vie d’intimité avec le Seigneur. Le père Gabriel-Maria avait lui-même beaucoup de peine à percer les secrets de son cœur. Ainsi, au moment de la rédaction de la Règle de l’Annonciade, le père demande à Jeanne si elle n’a pas eu révélation ou inspiration comment la Règle devait être faite, sur quelles perfections de Jésus ou de sa Mère elle devait être composée (Chr. 67). Alors, Jeanne, en grand secret et contrainte, souligne la Chronique, s’ouvre au père Gabriel-Maria : Mon Père […] un jour entre les autres que j’étais en grand désir de savoir comment je pourrais lui  plaire parfaitement, la priant de tout mon cœur au cours de la messe qu’il lui plût de me l’enseigner et de me faire connaître de quelle vie je devais vivre et aussi les religieuses de ma Religion […]la Vierge me répondit : Fais écrire tout ce qui est écrit en l’Evangile que j’ai fait en ce monde et fais-en une Règle […] et sache […] que c’est la voie sûre d’accomplir les plaisirs de mon Fils et les miens (Chr. 67-68). Marie elle-même propose donc un véritable itinéraire spirituel à Jeanne, lui indique la route à prendre. Jeanne comprend que vivre l’Evangile comme  Marie est le moyen sûr de plaire à Dieu. Le père Gabriel-Maria entre pleinement dans cet itinéraire marial, ayant une profonde affinité spirituelle avec Jeanne. Aussi peut-il lui dire : La religion de la Vierge Marie que vous voulez instituer aura sa manière de faire autre que les autres et ne pourra avoir […] une autre forme de vie, un autre exemple que celui de la seule vie de la Vierge Marie (Chr. 41). Et Jeanne de préciser : Ainsi mes sœurs n’auront à suivre que la Vierge Marie et sa vie rapportée au saint Evangile (Chr. 121). Le père Gabriel-Maria rapporte que, selon le désir de Marie, Jeanne fit une gerbe de tous les passages de l’Evangile où il est question d’Elle et trouva que les évangélistes ont seulement fait mention de dix vertus de la Vierge. Chaque jour, elle saluait la Vierge dix fois, avec la salutation de l’ange, ceci, afin que la Vierge lui donne en propre ses dix vertus (DC 6). Jeanne a compris que cette conformité à Marie est de faire sienne les dispositions intérieures de la Vierge et de les reproduire, autant que faire ce peut, dans sa propre vie. Elle n’a qu’un désir : que toute sa vie laisse transparaître la Vierge. De cela, le père Gabriel-Maria en est le fidèle témoin ; il le dit aux premières annonciades, après le décès de Jeanne : Elle s’efforçait de suivre la glorieuse Vierge Marie en ses dix vertus et plaisirs au plus près qu’il lui  était possible. Car, si on regarde bien sa sainte vie et que j’eusse le temps de vous l’expliquer, vous verriez bien que les dix plaisirs reluisaient en elle (Chr. 149). Jeanne a donc conformé sa vie à la celle de la Vierge ; tel est son charisme qu’elle laisse en héritage à ses annonciades : Que ceux qui les voient, voient Marie vivant encore en ce monde (Statua Mariae n° 101, in Règle des moniales de l’Ordre de la Bienheureuse Vierge Marie, Thiais, 1934).

 

Marie, éducatrice de la parole

Marie invite Jeanne à se mettre à l’école de la Parole de Jésus et, comme Elle, à ne dire que des paroles de bien, des paroles porteuses de vie : être artisan de réconfort, artisan de paix. Marie a écouté la Parole de son Fils et ses paroles rapportées dans l’Evangile témoignent de la paix secrète qui l’animait. De même, pour Jeanne, cette Parole de Dieu est à écouter, certes, mais aussi à vivre dans le quotidien afin d’accomplir, l’unique Parole du Christ qui est une parole de paix, parce que le Christ est l’auteur de la paix (DC 63). Jeanne comprend alors ce que, concrètement, Marie veut lui enseigner : que la Parole de Dieu méditée, assimilée s’incarne dans sa vie par des pensées, des actions, des paroles de paix. Tu chercheras à établir la paix entre tous ceux au milieu desquels tu habites. Tu ne diras rien d’autre que des paroles de paix, soucieuse du salut des âmes. Tu n’écouteras pas les paroles médisantes et dès que tu verras quelques pécheurs tu diras dans ton cœur : il faut sauver ces pauvres gens.   Excuse-les auprès de Dieu afin d’être comme je l’ai dit, l’avocat et le défenseur de tous (DC, 13-14) Il y a donc ici une relation entre la Parole de Dieu et la paix. Ecouter la Parole, la mettre en pratique, c’est faire œuvre de paix, c’est devenir artisan de paix. Ce commandement de la paix enseigné par Marie, Jeanne l’a vécu et mis en œuvre. Lors de la captivité de Louis d’Orléans, son mari, elle multiplie les démarches pour obtenir sa libération et sa réconciliation avec le roi, Charles VIII. Un jour, rapporte la Chronique, n’y tenant plus, elle prit ses habits de deuil, elle se jeta aux pieds de Charles VIII et lui adressa cette supplique : « Mon pauvre Louis mène une vie pire que la mort, mon frère, pardonnez-lui […] laissez-vous toucher […] s’il a blessé quelqu’un, c’est moi ». Et le roi de lui répondre : Vous aurez, ma sœur, ce que vous désirez tant.. Fasse le ciel que vous ne poursuiviez pas votre malheur (A. Girard, Jeanne de France, Tardi, 1950, p. 43-44). Et nous savons bien que Jeanne a été toute sa vie un artisan de paix, nous laissant en héritage dans son testament spirituel cette volonté qu’elle adresse au père Gabriel-Marie : Gardez et faites garder à mes sœurs ce que vous m’avez fait garder à moi-même : c’est de toujours excuser ceux de qui on parle mal.

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Published by Sur les Pas des Saintes - dans Sainte Jeanne de France
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